Un matin, un ami, Toma, avec qui j’ai partagé de nombreuses aventures, me parle de son souhait d’aller marcher dans les Pyrénées, et pas très loin d’une gare de train. L’idée me bottant, il ne restait plus qu’à définir un itinéraire: le grand tour des Pérics avec ascension du pic Carlit pour une randonnée dans les Pyrénées de 5 jours !


Informations pratiques

  • Distance: 58km
  • Dénivelé: 3300m
  • Durée: 5 jours de marche. Bivouacs et dernière nuit au refuge de Bésines, très confortable
  • Difficulté: parcours très varié. La partie entre le refuge d’En Bays et de Bésines est technique. L’ascension par la face Ouest du pic Carlit est très raide mais peu technique, en revanche la descente demande à mettre les mains.
  • Cartographie: N°08 Cerdagne-Capcir au 1/50000
  • Départ/Arrivée et accès: Col de Puymorens. La gare de Porté-Puymorens, desservie depuis Toulouse/Paris est à quelques kilomètres du col. Un jet d’auto-stop et vous êtes au départ de la randonnée.

Un dénivelé et une distance journalière modérés formaient les critères principaux de cette randonnée tracée sur Openrunner. Le départ ne devait pas se trouver loin de la gare de retour pour mon ami. Malgré des montagnes moins impressionnantes que dans les Alpes, ce furent 5 jours de randonnée dans les Pyrénées, réellement sauvages, en général à plus 1900m d’altitude.

Le “grand” tour des Pérics

Je vous dois bien quelques explications sur ce parcours à la carte. Dans le secteur, il existe plusieurs itinéraires de randonnées: le tour du Capcir, le tour du Carlit et celui des Pérics qui se chevauchent tous. Toutefois nous souhaitions faire une randonnée de 5 jours dans les Pyrénées, sans être borné à un tour prédéterminé.

Originellement le tour des Pérics est une randonnée de 4 jours, 49km pour D+2300, entre Ariège et Pyrénées-Orientales, conçue par les gardiens de refuge qui souhaitaient mettre en avant leurs montagnes chéries autour du sommet des Pérics à 2810m. Ce parcours prévoit des étapes calibrées pour dormir en refuge, cependant il ne forme pas véritablement une boucle. Cela casse la dynamique d’un vrai tour, alors que le maillage des sentiers le rend possible.

C’est ce que nous avons fait en concevant ce “grand” tour des Pérics au départ du col de Puymorens et incluant l’ascension du pic Carlit, depuis lequel le Petit et le Grand Péric peuvent aisément être observés. Par contre, en l’absence de refuge entre le col de Puymorens et le lac des Bouillouses, le bivouac devient nécessaire, du moins pour la première étape. Il est possible d’adapter notre parcours en prévoyant une nuit à la cabane de Rouzet et éventuellement faire l’impasse sur l’ascension du Carlit.

grand_péric

Un départ en fanfare

Portella de la Coma d'En Garcia

Retrouver le compère avec qui j’ai notamment partagé ce mémorable trajet dans le Transsibérien m’emplit de joie. Mais s’il y a une chose qui n’évolue pas, malgré toutes ces années, c’est bien mon étourderie. Nous sommes au parking du col de Puymorens et Toma m’annonce n’avoir pris que sa tente 1 place. La réponse est sans équivoque:

Quoi ? Oups, la boulette

Je viens de me rendre compte que je n’ai pas pris la tente 2 places comme initialement prévu. Pourquoi une tente 2 places ? Pour gagner du poids et éviter de passer de longues heures seul le soir, comme lors du Tour du Mont Viso. Nous partons avec nos tentes 1 place respectives, heureusement donc que Toma a eu la bonne idée de la prendre. Sinon …

Le pic du Carlit en premier lieu

A près de 2000m d’altitude, la vallée menant à la Portella de la Coma d’En Garcia est dépourvue d’arbres, le vent en profite pour s’engouffrer. Le choix des manchons en complément du tee-shirt s’avère pertinent, sans soleil franc, la fraîcheur reste de mise. Embarqués dans nos discussions, le col est franchi rapidement et est l’occasion d’installer le pique nique.

Loin de la ville, loin des préoccupations, le silence fait manifestement du bien, les confidences viennent plus facilement. L’après-midi, des hélicoptères circulant pour préparer la fin de saison des alpages et refuges entravent quelque peu le silence sonore. Proche d’une source d’eau, à l’abri du vent entre quelques arbres et dominant le lac Lanoux situé en amont d’un barrage, le cadre du bivouac est idéal.

Nos regards, interloqués, bloquent à la vue de ce qui ressemble à un sentier sur une grosse montagne, peut-être le Carlit:

On va vraiment grimper ça ?

bivouac_lac_lanoux

carlit_en_vue coucher_soleil_carlit

bivouac

L’énigme trouve rapidement réponse: en effet, le sentier tortueux et impressionnant que l’on voyait au loin est bien sur notre sillon. La pente, très raide, D+ 400 en 1km (voir détails), sans répit oblige à marcher sur la pointe des pieds mais sans jamais devoir mettre les mains. Rapidement, d’un gros point d’eau incitant presque à la baignade, l’Estany dels Forats devient un petit point dans le décor.

ascension_carlit

estany_dels_forats

Au bout de cet effort physique, le Pic Carlit, sommet des P-O, diminutif sexy des Pyrénées-Orientales, du haut de ses 2921m est atteint. Les regards ébahis d’un duo de potes témoignent leur admiration à la vue de notre portage. Pour moi, pour nous, habitués, rien de plus normal. Une très large partie des Pyrénées peut être admirée et je remarque rapidement le Canigou, gravi quelques jours plus tôt. Le pic Aneto, toit des Pyrénées se cache rapidement sous les nuages. L’occasion est trop belle pour faire quelques photos aériennes.

vue_aérienne_randonneurs
vue_aérienne_carlit

La tournée des lacs du Capcir

lacs_carlit

repas_bivouac

La descente un peu technique forme la transition vers une nouvelle partie de la randonnée. Temporairement, le dénivelé et les pentes vertigineuses sont mis de côté pour une balade tranquille sur un haut plateau sauvage dénué d’installations humaines. Grâce à un environnement propice à 1900m, les pins à crochet se manifestent nettement plus et nous envoient directement en Laponie. A juste titre. Le Capcir, territoire naturel des P-O, est parfois surnommé la petite Sibérie en raison de la présence d’une plante boréo-arctique : la Ligulaire de Sibérie.

Il s’avère également que l’enclave espagnole de Llivia en Cerdagne (un autre territoire naturel) possède des terrains autour des étangs du Carlit. Accessibles depuis le lac des Bouillouses, site touristique majeur dont l’accès est encadré l’été, ces lacs sont aussi propices aux pique niques et balades en famille au milieu des alpages en liberté. En revanche la baignade est interdite. La notion du temps perdue, la montre rangée, le téléphone ne captant pas, c’est même pris au dépourvu d’un nouveau cadeau du ciel que nous finissons d’installer le bivouac.

Le repas du soir est pris dans la pénombre des lueurs furtives et orangées du ciel. Le réveil est du même calibre, je passe environ 30 min à photographier les environs, dont notamment le Grand Péric, point d’attention central de la suite de notre randonnée.

forêt_capcir

bivouac_bouillouses

Le Grand Péric en ligne de mire

péric_camporells

réserve_orlu

A plus de 2200m, le sillon, toujours agréable nous transporte loin, très loin au gré des grands espaces sauvages. Je rêve de voir ces mêmes paysages enneigés sur ces pentes douces. Du lac des Bouillouses, au refuge des Camporells, tout le vaste plateau semble être un terrain d’expression pour le ski de randonnée nordique, les randonnées en raquettes et les randonnées à ski sur les pentes montagneuses.

De l’aveu même de la gardienne, le refuge, ouvert l’Hiver, constitue une excellente base d’exploration autour du Grand Péric, du haut de ses 2810m, attention tout de même à quelques pentes avalancheuses à proximité même du plateau. Le passage du col de Terrers à 2407m, marquant la bascule en Ariège, est réputé pour son micro-climat difficile. En effet, le vent omniprésent nous oblige à enfiler les secondes couches et à marcher en ordre resserré pour ne pas se perdre de vue.

Le ciel ne se dégage qu’à l’amorce de la réserve nationale d’Orlu, sublimée par la vallée sauvage de l’Oriège. La réserve est l’hôte d’une faune et flore sauvage abondante, c’est l’endroit rêvé pour observer marmottes, isards, lagopèdes et gypaètes. Un troupeau sauvage d’isards pris de surprise par notre présence déguerpit aussitôt.

refuge_en_bays

Depuis un long balcon, nous arrivons au refuge d’En Bays de nouveau sous le brouillard. Le refuge est en travaux mais quelques boissons sont encore disponibles dans le frigo du gardien. Nos discussions à bâtons rompus se poursuivent à la lueur des frontales peu importe le brouillard et la nuit.

Le givre s’étant emparé de quelques touffes d’herbe à mon lever à 8h n’incite pas à lever le camp rapidement. Seules quelques lueurs du soleil sur les sommets du coin annoncent une journée ensoleillée. Il faut attendre 10h que l’atmosphère se soit réchauffée pour se diriger vers le refuge de Bésines ce qui semble être une formalité.

C’est sans compter sur la partie la plus technique du tour des Pérics.

Le coll de Coma d’Anyell, une partie technique

coll de Coma d'Anyell

Dans ces éboulis, chaos et blocs de roche, je me demande comment les concepteurs du sentier ont eu l’idée de le faire passer par là, tant à chaque pas, l’équilibre est remis en jeu. Sans cesse, les corps sont secoués au fil des pierres jonchant le sentier. A plusieurs fois, j’ai du ranger l’appareil photo dans le sac pour avoir les mains libres le temps de quelques pas d’escalade facile sur des rochers. Aucune crainte à avoir, l’ascension du coll de Coma d’Anyell n’est guère exposée. Les statistiques de la journée, 5h pour 10km et D+500, valent bien le mérite d’enquiller une nouvelle bière au refuge de Bésines sous un soleil franc. Une dizaine de randonneurs fréquentent le refuge, bientôt à sa fermeture estivale.

Parmi eux, deux retraités sont en train de boucler la traversée des Pyrénées sur le GR10. Leur performance est admirable, pour cause, ils ne s’étaient pas vus depuis près de 50 ans.

Pour la première fois du séjour, le ciel bleu est propice à la photographie des montagnes avoisinantes. Les lueurs du soleil sur les montagnes sont un clin d’œil à cette randonnée de 5 jours dans les Pyrénées, ou nous n’avons eu cesse de les collectionner.

lever_jour_bésines

lever_soleil_bésines
route_andorre

vache_gasconne

8h30 en ce vendredi, nous attaquons la dernière journée de cette randonnée en direction du col de Puymorens. A l’approche de l’Hospitalet-près-l’Andorre, les traces de la civilisation apparaissent, la vallée voit passer une ligne de train et la route nationale 20, seul axe routier menant à Andorre, par le Port d’Envalira, le plus haut col routier pyrénéen à 2409m. Cette route bien connue des frontaliers, dessert le Pas de la Case, station de ski andorrane plutôt fréquenté pour ses prix détaxés. Le bruit résonne jusqu’à nos oreilles dans la forêt retrouvée après plusieurs journées à haute altitude.

La dernière montée marque le retour dans les Pyrénées-Orientales pour se terminer tranquillement au col de Puymorens. Après 5 jours de randonnée dans les Pyrénées, toujours impassibles, les chevaux de Merens, la race locale originaire de la ville éponyme non loin de là et les  vaches Gasconne, typiques du Sud Ouest sont toujours là. L’après-midi est l’occasion de débriefer de notre tour des Pérics autour d’une bière, avant de se quitter en fin de journée, non sans esquisser quelques idées de futures randonnées.

Peut-être dans 50 ans, qui sait ?

cheval_merens