Après un printemps frais et pluvieux, les beaux jours arrivent enfin et la météo devient idéale pour aller arpenter les sentiers sur le tour de Chamechaude en bivouac. A partir d’un tracé fait maison et non officiel, nous partons à l’assaut d’un sommet, pour ma part, pas encore grimpé dans le massif de la Chartreuse.

Chamechaude = Chame chauve ?

Chamechaude du haut de ses 2082m d’altitude et point culminant du massif de la Chartreuse, de part son positionnement et sa forme, domine littéralement les alentours et permet de voir loin, très loin, au point que toutes les Alpes du Nord peuvent être aperçus par beau temps.

Chamechaude, un drôle de nom qui proviendrait semble t-il de:

Chame chauve, pouvant être interprété comme « chalme dépourvue de végétation (source: Wikipedia)

Vu d’en bas, le sommet prend la forme d’une arête longiligne et fine et dont l’ascension arpente des pentes raides. Plusieurs variantes de randonnée à la journée existent pour accéder au sommet, de la plus courante depuis le col de Porte à la plus aventureuse par l’impressionnante brèche Arnaud nécessitant cordes et casques.

chamechaude_au_loin

Une randonnée-bivouac sur deux jours avec bivouac

Les présentations terminées, l’objectif de notre randonnée-bivouac est d’effectuer un tour de Chamechaude avec bivouac. Partant de St Pierre de Chartreuse, j’ai esquissé un parcours de près de 35km et 2200m de dénivelé, ce qui représente un challenge assez sportif pour une reprise. Étant déjà venu dans le coin lors de la traversée de la Chartreuse le lieu de bivouac est déjà repéré: l’alpage des Emeindras de Dessus.

Certes, il y a possibilité de faire un tour de Chamechaude avec bivouac, plus court et direct, cependant le parcours aurait présenté moins d’intérêt. Partant de Saint Pierre de Chartreuse, nous empruntons une forêt assez fraîche, parfaite une montée vers les alpages autour du col de la Saulce. Arrivé à ce point, le sentier prend la forme d’un balcon et devient plus fréquenté qu’au début. Il est évident que les lances de Malissard ainsi que le dôme de Bellefont tout deux dominant le vallon de Marcieu attirent les randonneurs d’autant que le Grand Som pointe son nez au loin:

grand_som

alpage_bellefond

cabane_bellefont_lances_malissard

Le décor est agréable et permet de distinguer au loin le col des Ayes qui sera franchi dans l’après-midi et nous paraissant encore loin. Bien entendu Chamechaude se distingue tel un énorme rocher tandis que nous devinons aussi bien les alpages de la dent de Crolles, d’une pente nettement plus douce que depuis le Grésivaudan justifiant son appellation de dent.

Malgré une altitude autour de 1600m, la lourdeur prédomine et entrave quelque peu notre marche, sans compter que le manque d’entraînement au portage corse un peu le tout. Le sentier n’est pas tellement roulant à l’approche de la dent de Crolles et consiste en de nombreux up and dows avec par ci et là quelques plaques de neige persistantes. Le GR9 que nous empruntons donne de temps à autre accès à des vues plongeantes sur le hameau du Perquelin et les lances de Malissard. Les strates calcaires sont un régal pour les yeux tandis que la forêt prédomine nettement les basses altitudes.

vallée_lances_malissard

formations_calcaires

formations_rocheuses_chartreuse

La prochaine étape est le franchissement du trou du Glaz après avoir abandonné le sentier allant définitivement vers la dent de Crolles, rajouter 200m de dénivelé ne nous semblait pas raisonnable. Il est préférable de franchir le trou du Glaz en montée mais la descente avec prudence se fait tout aussi bien, même avec des sacs chargés. Tout le long de ces centaines de mètres, des câbles permettent de vous donner un appui avant de passer les ultimes failles rocheuses dans lequel des sacs à dos trop larges ne passeront pas.

trou_glaz

Parlons hydratation, les gourdes à peine remplis se vident rapidement et je constate que tous mes vêtements sont trempés de ma sueur. Voilà pour cette vision peu enviable du randonneur. Mais en même temps, par ces moments compliqués, cette randonnée me vide la tête, je ne pense strictement à rien d’autre qu’à poser le pied l’un après l’autre et à jeter un oeil pour d’éventuelles compositions photographiques.

La descente vers le col du Coq se déroule rapidement et à partir de ce dernier, il nous reste environ une heure de marche pour atteindre l’alpage des Emeindras du Dessus, le lieu de bivouac attitré. Après un long cheminement à travers la forêt endommagée et un sentier non stabilisé, nous atteignons l’alpage. Pour le bivouac, il convient d’avoir fait le plein d’eau au col du Coq, même s’il est aussi possible de se ravitailler aux Emeindras du Dessous mais sans garantie, la fontaine n’étant pas inscrite sur les cartes IGN.

emeindras_dessus

Dans cet alpage inoccupé à cette période de l’année, le bivouac est agréable. Nous pouvons observer l’impressionnante face Est de Chamechaude, tout comme au loin le Grand Som et la dent de Crolles se détachent. L’agglomération grenobloise n’est pas loin pourtant nous ne captons pas de réseau et avons un sentiment d’isolement factice.

bivouac_chamechaude

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Le véritable tour de Chamechaude

Si vous cumulez les passages par la brèche Arnaud et par le Jardin alors vous effectuez un véritable tour de Chamechaude resserré, sportif et ludique. Attention à bien vous équiper tout de même.

Inutile de l’imaginer en ce qui concerne, toutefois à partir du Habert de Chamechaude située sur le flanc Est du sommet, depuis lequel le massif de Belledonne est visible, nous contournons par le sud pour basculer sur le flanc Ouest dominant l’intérieur du massif de la Chartreuse. Jusqu’à la ligne de végétation, nous profitons encore de l’ombre pour notre progression Le sommet paraît loin mais étant donné la pente nous nous en approchons finalement rapidement et mettons bien moins de temps qu’indiqué sur les panneaux.

passage_cablé_chamechaude

Du haut du sommet, les vues sont effectivement à 360° et quasiment tous les massifs des Alpes du Nord sont distingués, parfois au travers des nuages et de la brume. Bien entendu, la Grande Sure se démarque sur le flanc Ouest de la Chartreuse. Malheureusement le massif de Belledonne est encore sous les nuages ce qui réduit les possibilités de photographie. Étant donné la fréquentation de Chamechaude et la finesse de l’arête finale, chacun doit se faire une place au milieu des autres pour pique-niquer.

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Sitôt passé le pique nique, nous reprenons notre marche en avant avec une légère variante pour la descente permettant d’apercevoir l’impressionnante brèche Arnaud. La descente est rapide et nous nous enfonçons dans la forêt pour filer au Nord vers Saint Pierre de Chartreuse. A partir de là, le cheminement présente moins d’intérêt puisque nous empruntons pistes forestières et parfois même la route pour arriver à bon port non sans observer une dernière fois la flore des montagnes en ce printemps tardif.

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Comme randonnée de reprise, le tour de Chamechaude en bivouac m’a usé mentalement et physiquement, peut-être n’étais-je pas assez prêt pour ce genre d’efforts ? Peut-être aussi que le nouvel objectif pesant 800g inclus dans le sac photo transporté en bandoulière y est pour quelque chose ?

En tout cas, il s’agit assurément d’une très belle randonnée permettant de passer en revue les beaux sommets de la Chartreuse.