De la fenêtre de mon salon, je vois les falaises du flanc Est de la Chartreuse tandis les routes et sentiers du massif me sont familiers. Après avoir traversé le massif à pied, pourquoi ne pas faire le tour de la Chartreuse à vélo cette fois-ci ?


Détails pratiques

  • Distance: 192 km.
  • Dénivelé: 3300m
  • Durée: trois jours
  • Hébergement: des campings sont à disposition tout au long du parcours: Petites Roches, Lac de Paladru, Entre Deux Guiers, Saint Jean de Couz, Entremont le Vieux, les Marches
  • Difficultés: parcours montagneux en bonne partie
  • Accès: En train à la gare de Chambéry ou de Grenoble

Fait maison, ce tour de la Chartreuse suit de plus ou moins près le massif en fonction des routes et de l’intérêt des lieux traversés. La section Chambéry – Grenoble par les balcons peut à la rigueur être remplacée par la véloroute v63 en vallée. La route en balcon du plateau des Petites Roches, bien que parfois ardue est vraiment spectaculaire, ensuite la section St Nazaire les Eymes – Moirans permet de se reposer avant d’attaquer les collines parfois très pentues des Terres Froides vous transportant dans une ambiance de campagne. Avant finalement de retrouver le coeur du massif de la Chartreuse avec un final très montagneux par l’enchaînement de trois cols et de finir à Chambéry.

En raison de la proximité des grands axes de circulation, j’ai choisi de dormir en camping, certains offrent des emplacements superbes.

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Le tour de la Chartreuse au départ de Chambéry

Dès la gare de Chambéry, la véloroute facile à récupérer file au sud sur une voie verte avant de partager les routes agricoles de la vallée. Le calme des routes plates avant la tempête des cols ! Si vous souhaitez profiter plus longtemps d’un parcours plat, continuez sur la véloroute V63 qui sera de toute façon récupérée à l’approche de Grenoble mais cela se fera au prix d’une ambiance moins montagneuse et plus urbanisée.

Vous noterez qu’à proximité des coteaux de Savoie, entre Myans et le lac Saint André, l’on passe à côté de curiosités géologiques: des résidus d’éboulement du mont Granier en 1248 présentant un paysage légèrement chaotique mais propice à la culture de la vigne.

Si le parcours est superbe avec un crochet recommandé au lac Saint André, attendez d’entamer l’ascension du col du Granier toujours dans les vignes au travers d’une petite route sinueuse nommée localement la “route des vignes”. Jetez un regard en arrière pour mieux apprécier les Alpes. La transition démarre rudement avec des pentes raides autour de 8-10% au hameau de la Palud avant de tourner à gauche vers la route des Petites Roches. Bellecombe est la prochaine destination pour une courte distance mais avec quelques rampes bien senties à l’entrée du hameau.

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Les balcons de Chartreuse: le plateau des Petites Roches

Après ces quelques pentes raides, à Bellecombe la pause est bien méritée avec la fontaine à disposition près de l’église. Il serait dommage de ne pas profiter de la vue sur le Mont Blanc, la combe de Savoie et le Grésivaudan depuis les ruines de l’ancien château. Enfin la porte de l’Alpette, faisant face et ouverte sur un vaste plateau calcaire, donnerait presque envie de s’attarder à la traversée de la Chartreuse.

Le col de Marcieu se gravit en plusieurs paliers: d’abord un faux plat montant agréable en forêt me transportant personnellement loin alors que mon domicile est pile en dessous en vallée. Ce sont parfois les coins les plus proches de chez soi qui transportent le plus loin !
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La traversée du village montagnard de Sainte Marie du Mont est enchanteresse au pied de superbes falaises calcaires du versant Est de la Chartreuse. La formation géologique du plateau fait en sorte de se sentir dans un cocon, loin des grandes vallées et de la grande ville, pourtant assez proches.

Nombre grenoblois viennent vivre ici, dans des superbes chalets et participent à la gentrification du plateau.

Une légère descente après le hameau de la Chapelle sonne l’indicateur de la montée finale vers le col de Marcieu qui s’accentue au fil des kilomètres. Je n’avais pas étudié le col avant et pourtant j’ai été surpris d’affronter une belle pente de 9% durant les deux derniers kilomètres.

Les derniers hectomètres du col sont interminables mais finissent par s’ouvrir à la petite station de ski s’attachant à proposer des activités 4 saisons et familiales. L’ombre des sapins est un cadeau pour la pause repas avec toujours en vue les superbes falaises de la face Est de la Chartreuse culminant à 1800-1900m et tombant jusqu’au plateau, à environ 1000m avant que de nouvelles falaises tombent dans la vallée. J’enfourche de nouveau le vélo sous une chaleur écrasante pour finir ma journée au camping des Petites Roches avec une vue XXL sur la fameuse dent de Crolles.

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Le plateau des petites Roches réunit 3 communes depuis 2019: Saint Pancrasse, Saint Bernard du Touvet et Saint Hilaire du Touvet. De la même manière que pour Sainte Marie du Mont, cette municipalité voit là un grand nombre de résidents travaillant à Grenoble et cherchant plus d’air. Les maisons/chalets donnent un look montagnard, cosy et laisse augurer quelque peu la rudesse de l’Hiver. Enfin, Saint Hilaire du Touvet est le paradis du parapentiste autour de la coupe ICARE organisée chaque année en Septembre.
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Et pourtant en quelques kilomètres de descente, je me retrouve à Saint Nazaire les Eymes, banlieue de Grenoble.

Rude transition.

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Les rives de l’Isère sur la véloroute V63

Afin de retrouver la véloroute V63, je dois naviguer au GPS pour retrouver les berges de l’Isère durant trente kilomètres jusqu’à Moirans. A cette heure matinale, bon nombre de vélo taffeurs se rendent dans la tech’ de Grenoble: Montbonnot Saint Martin, Bernin, Crolles entre autre. La traversée de Grenoble peut se faire sans arrêt: en effet, il faut le dire, la ville ne repose pas sur un patrimoine historique important, en revanche l’environnement est superbe. Toutefois, je conseille le détour à la Bastille et au musée Dauphinois situé à son pied.

Les voies sur berge le long de l’Isère sont agréables sous les arbres épais projetant leur ombre pour s’abriter de la chaleur.

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La véloroute plate me permet également d’enchainer rapidement les kilomètres: 50km en 2h30 de route depuis le plateau des Petites Roches pour embrayer dorénavant sur les Terres Froides.

A Moirans, le guidage GPS m’aide de nouveau, il s’agit d’éviter les grands axes routiers parcourant le secteur et pas des moindres: nationale et autoroute Grenoble – Lyon et enfin l’agglomération de Voiron assez importante pour être un satellite de Grenoble. Les côtes aux pentes rudes s’enchaînent: je dois reconnaître mes limites et pousser le vélo quand la route s’élève à 15-16%, c’est le prix à payer des petites routes.

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Les Terres Froides

A Murette, je retrouve une route des plus classiques jusqu’à Charavines aux portes du lac Paladru. Il est considéré comme un des cinq lacs d’origine glaciaire des Alpes après le lac Léman, le lac d’Aiguebelette spot idéal pour du kayak et deux autres lacs déjà parcourus: le tour du lac du Bourget à vélo et le tour du lac d’Annecy. De la même manière que pour le lac d’Aiguebelette, le lac Paladru très étendu est privé et régi par un règlement strict permettant de conserver une couleur bleue détonnant franchement dans le paysage des Terres Froides.

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Cette région naturelle et déjà appelée ainsi du temps de la province du Dauphiné est située au carrefour d’un axe Lyon-Chambéry-Grenoble. Elle garde pour réputation le nom de Terres Froides depuis plusieurs centenaires car “aucune vigne ne pousserait”. Cependant il faut reconnaître que le brouillard règne en maître durant les longs mois d’Hiver et une altitude moyenne entre 500 et 600m favorise les gelées matinales.

L’omniprésence de l’agriculture au sein des Terres Froides à travers les champs dépourvus d’arbres et de haies m’expose au vent en rafales. La progression est ralentie d’autant que j’affronte une succession de faux plats.

Le versant Ouest de la Chartreuse se rapproche de plus en plus, je distingue le Grand Som et la Grande Sure que j’ai gravie lors d’une randonnée bivouac en Chartreuse. Aux Échelles, en Savoie, face au Petit Som, les retrouvailles sont plus franches.

Il reste encore 10 km en faux plat interminable pour parachever cette longue journée de 110 km, un record en ce qui me concerne. La vallée du Couz est superbe et le camping tout près du col de Couz, baignant dans son jus, offre les commodités nécessaires. Son emplacement offre une vue imprenable sur le Mont Outheran et la Cochette notamment au coucher du soleil. Suffisamment tôt pour profiter d’un semblant de fraîcheur en cet été caniculaire.

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La vallée des Entremonts

A l’aube de cette dernière journée, le soleil n’apparaît pas encore. Je pourrais presque enfiler un pull. A 7h30, j’affronte les premières pentes dès la sortie du camping.

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Le col des Egaux se dresse devant moi, là encore je n’ai pas étudié le profil de ce col, court mais pentu à plus de 8%. Le village de Corbel tout petit soit-il est une halte recommandée dans ce paysage dominant la vallée du Guiers et surplombé par le Petit Som, encore lui.

Le col de la Cluse marque l’ouverture concrète vers la vallée des Entremonts, cette fois-ci de l’autre côté de la Cochette et du Mont Outheran. Les alpages du Désert d’Entremont trahissent la présence en hiver de pistes de ski de fond et de quelques remontées mécaniques. Les chalets peuplant le village sont tous superbes et l’environnement autour renforce la beauté de ces lieux. On comprend que le massif pourrait être vu comme un V avec les sommets aux extrémités et les vallées sinueuses au centre. En Chartreuse, chercher le plat est une sinécure.

Avec la descente vers Entremont le Vieux, j’aborde des terrains connus. Le village abrite la coopérative laitière dont je recommande ses fameux fromages: l’Estival, le Mont Granier entre autre. Le musée de l’Ours peut également faire office de pause avant d’affronter de nouvelles pentes vers le col du Granier sur son versant le plus simple à négocier.

Reste alors à affronter quinze kilomètres les plus salvateurs de tout ce tour de la Chartreuse vers Chambéry. Une descente agréable sur une pente raisonnable de quoi appuyez sur les pédales sans prendre de risques inconsidérées.

Chambéry arrive rapidement, le détour par la place Saint Léger transporte légèrement vers l’Italie et offre nombre de bars pour se payer une bière afin de fêter la fin de ce tour de la Chartreuse.

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