La Dolce Via en Ardèche sillonne la vallée de l’Eyrieux sur les traces d’un ancien chemin de fer, démantelé il y a quelques dizaines d’années. Consacrée comme l’une des plus belles véloroutes en 2020 lors d’un salon aux Pays-Bas, celle-ci mérite bien notre visite !


Détails pratiques

  • Distance: 72 km + 18 km (branche Lamastre – Le Cheylard) = 90 km
  • Dénivelé: 1150m depuis la Voulte-sur-Rhone (excluant la branche vers Lamastre: environ 300m)
  • Durée: 2 journées + une journée A/R pour la branche de Lamastre
  • Difficulté: modérée. La pente est douce et continue, le dénivelé ne se fait pas trop sentir si l’on adapte le bon braquet. Prévoir des pneus de section 37 ou 42 pour affronter les parties en gravel
  • Hébergement: le camping du Cheylard
  • Départ/Arrivée et accès: La-Voulte-sur Rhône (sur la Via Rhona) et Saint-Agrève
  • Site officiel

Lors de la planification, j’ai considéré monter aux Nonières sur la branche allant du Cheylard à Lamastre afin de prendre un peu de hauteur au travers de tunnels et de viaducs pour finalement manquer de temps ! Je pense que la plupart des personnes effectuent le trajet en n’incluant pas justement cette branche de 18 km, sûrement très intéressante.

Ne vous fiez pas au dénivelé semblant impressionnant, la véloroute suit le tracé d’un ancien chemin de fer et la montée est très progressive. Il faut juste tenir le bon braquet et faire des pauses notamment aux anciennes gares qui offrent toilettes et points d’eau. Il y a également quelques buvettes ce qui fait de la Dolce Via un itinéraire bien aménagé. Évitez les périodes de canicule, c’est une véritable fournaise.

Petit rappel historique sur cette véloroute : elle était initialement le chemin de fer du Vivarais lancée en 1903. Elle desservait la vallée de l’Eyrieux avec une branche vers Lamastre et était destinée aux voyageurs et marchandises. Les deux guerres mondiales ainsi que l’avènement de l’automobile ayant contribué à la désaffectation de la ligne, le 1er Novembre 1968 en sonne la fin. Les infrastructures ont été démontées puis les années 2000 virent progressivement l’apparition des voies douces que l’on connaît maintenant.

Notre expérience sur la Dolce Via

La Voulte-sur-Rhone, mignon village que j’ai déjà traversé lors d’un précédent voyage à vélo le long de la Via Rhona en camping entre Vienne et Bourg-Saint-Andeol est le point de démarrage de la Dolce Via, précisément du pont sur le Rhône. Il est bien sur possible de le faire en descente depuis Saint-Agrève pour un moindre effort, cependant l’accès sur place demande une certaine logistique. Je précise également que pour nous la Dolce Via s’intègre plus largement dans un voyage à vélo à travers Ardèche et Haute-Loire empruntant également la Via Fluvia.

Dès les premiers hectomètres de la véloroute, un revêtement rugueux, nécessitant d’avoir des pneus en bon état et de section 37mm pour être confortable, nous accueille. Notons que ce revêtement n’est pas systématique mais ne comptez pas sur un enrobé en parfait état.

Je passe outre les nouveaux pépins mécaniques du vélo de Margaux comme l’année dernière en Auvergne. Cette fois-ci, c’est la transmission. J’enlève quelques maillons de la chaîne pas assez tendue tandis que la patte de dérailleur arrière s’avère tordue, autant vous donner de suite le verdict du mécano croisé le lendemain à Saint-Agrève.

Bref, les mains pleines de cambouis, je disais, dès les premiers hectomètres, les effets de l’aménagement de la piste cyclable sont perceptibles : il est possible de rouler à deux de front tout en croisant des vélos et les intersections avec les routes sont clairement indiquées. Le plus impressionnant est la reconversion des anciennes haltes et gares ferroviaires en toilettes, buvettes ou habitations. Des arceaux sont même disposés pour les cyclistes désirant visiter les villages. Je note également plusieurs avantages à ce type de véloroute, reprenant le tracé d’une ancienne voie ferré en balcon: le cycliste est toujours en hauteur vis à vis des villages et des paysages traversés.

Alors certes, il y a de nombreuses sections dans une canopée peu ombragée, mais à chaque pont (mention spéciale au pont de Chervil), viaduc = une vue panoramique. Je comprends un peu mieux pourquoi la piste cyclable a été élue véloroute de l’année 2020 aux Pays-Bas.

La vallée de l’Eyrieux au passé industriel et agricole est intégralement l’hôte de la voie cyclable, exception faite de la branche de Lamastre. Tout au long du parcours, des panneaux informatifs permettent de mieux connaître le patrimoine de la vallée. La rivière longue de 83 km se jette dans le Rhône à la Voulte-sur-Rhone et provient du plateau ardéchois au lac de Devesset.

Évidemment, les activités nautiques fleurissent, comme le canoë-kayak pour des parcours plus techniques que la descente des gorges de l’Ardèche en bivouac. Rendue difficile par cet été 2022 exceptionnel rendant le cours de l’Eyrieux très bas, la baignade se transforme en parcours sur rochers pour trouver la moindre “flaque d’eau”. Heureusement, des retenues d’eau viennent masquer artificiellement cette réalité au bonheur de mon appareil photo et des baigneurs.

Peut-être liée à la désaffection de la voie ferrée, les villages semblent eux aussi avoir quelques pages à tourner de leur histoire. De maisons abandonnées aux friches industrielles, peu importe, le spectacle sans cesse renouvelé est tout autre. La route départementale fait face sur la rive opposée, la voie cyclable reste en bonne partie partagée et malgré son étroitesse, il faut composer avec les véhicules de riverains.

Si la végétation est composée, d’abord, d’une espèce de garrigue, aux feuilles séchées par la canicule, l’itinéraire se fraie un chemin au pied de falaises calcaires des gorges apparues après le pont de Chervil. Tout au long du parcours l’activité agricole subsiste toujours au gré de terrasses pour les vignes et arbres fruitiers. Les minuscules villages ou hameaux nous voient passer à la vitesse de cyclistes pressés, préférant contempler les paysages et rouler pour le plaisir de la transhumance.

La chaleur nous épuise et des litres d’eau sont bus sans modération. Une buvette délicatement placée parmi d’autres, sert à faire la mise au point pour notre arrivée de ce soir. Margaux est rincée par la chaleur et n’arrive pas à avancer plus qu’elle ne le voudrait. La pente commence à s’élever et le revêtement n’est pas des plus tendres.

Le camping du Cheylard apparaît comme le lieu idéal où passer la nuit, même en pleine saison, il reste toujours quelques places disponibles. On trouve toutefois le long de la véloroute quelques rares emplacements pour planter le bivouac mais pas très discrets. Le camping offre beaucoup de commodités, c’est l’occasion de goûter aux produits locaux: bière local et glace à la châtaigne. La nuit ne peut qu’être bonne avant d’attaquer la seconde journée, toujours en faux plat montant.

C’est au Cheylard que la branche de Lamastre prend son envolée à travers les Nonières. Ce village offre un réel intérêt avec sa vue sur les sommets du Vivarais à l’issue d’une montée en hauteur traversant plusieurs ouvrages d’art. A Lamastre, le train de l’Ardèche attend tout cycliste désireux de vivre une autre expérience et revenir plus au nord sur la Via Rhona.

A partir du Cheylard, en effet, l’ascension marque un tournant, la pente se raidit pour de bon, autour d’un bon 3% très régulier. J’ai tellement l’habitude des pentes alpines que je n’ai pas vraiment l’impression de monter en dépit d’un rythme modéré du fait, je le rappelle, du revêtement en partie rugueux.

Au fil des kilomètres et de l’altitude grimpée, on remarque que la végétation sèche et feuillue cède la place à celle de résineux. Enfin, les forêts s’imposent et les premiers étages montagneux s’inscrivent dans nos regards. Au détour d’un virage, les façades des bâtiments de St Martin Valamas surplombant l’Eyrieux cachent le berceau du bijou.

La dernière partie de l’ascension, toujours régulière, franchissant toujours de nouveaux ponts, tunnels et viaducs fait monter le suspens jusqu’à cette buvette offrant une vue sur les monts volcaniques : Mont Gerbier de Jonc et Mont Mézenc. Peu de villages sont traversés dans cette dernière partie, mais à l’écart de la véloroute, Intres semble être plébiscitée pour une belle pause-nique.

La borne kilométrique est formelle, plus on pédale dans un sens, plus on se rapproche de l’arrivée. Disposée à chaque kilomètre parcouru, elle est un repère pour mesurer l’avancée jusqu’à l’arrivée à Saint-Agrève. En dépit des changements dans la végétation, je ne me rends pas trop compte d’être arrivé à 1000m d’altitude sur le plateau ardéchois.

Si la Dolce Via s’arrête là, notre route continue vers une autre véloroute, plus au nord, la Via Fluvia. Je vous invite à continuer la lecture de cet article pour en savoir plus.

 

La Dolce Via au sein d’une boucle de quatre jours à vélo entre Ardèche et Haute-Loire

Au même titre que la Via Fluvia, une autre véloroute située plus au Nord et reliant la Loire au Rhône, la Dolce Via fait partie d’une plus large boucle au départ de Valence dans la Drôme pour 273km et D+2200. Je fournis la trace GPS qu’on pourrait décomposer en plusieurs segments incluant les deux véloroutes:

  • Valence – La Voulte-sur-Rhône par la Via Rhona
  • la Dolce Via
  • Transition vallonnée entre Saint-Agrève – Yssingeaux sur route départementale (33km et D+300)
  • la Via Fluvia (de Yssingeaux à Annonay/Sarras)
  • Retour sur Valence par la Via Rhona

Vous le voyez à la lecture du profil altimétrique, cette boucle entre Ardèche et Haute-Loire est de moyenne montagne. Si de mon côté, grimper ne pose pas de problèmes, Margaux, sans rechigner à grimper, souhaite plutôt des parcours plus lissés. Les deux véloroutes permettent d’évoluer en moyenne montagne sans trop en subir les effets puisque les montées sont toujours régulières et douces, cela s’avère au final un bon compromis.

Finalement, au sortir de cette expérience, la partie la plus éprouvante, pour moi y compris, ont été les collines tape-culs entre Saint-Agrève et Yssingeaux sous une fournaise à cuire sur place. Les étapes se dessinent assez facilement: Le Cheylard, Yssingeaux et Bourg-Argental, qui offrent tous des campings à prix abordables.

Cette boucle est également conçue pour les voyageurs se rendant sur place en train. Au départ de la gare de Valence, la Via Rhona est récupérée d’un coup de vélo en suivant bien les panneaux indicatifs. S’en suit environ 30 km plein sud le long du Rhône jusqu’à La-Voulte-sur-Rhone. Je me replonge quelques années en arrière lorsque j’étais déjà passé dans le coin avec un autre vélo et un sac à dos en guise de bagage à l’arrière. Autre temps, autre époque. Personnellement, je considère la Via Rhona être réservée aux débutants ou aux familles, l’ennui me guette rapidement sur ces longues lignes droites monotones. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de la Dolce Via et de la Via Fluvia: la monotonie est tout simplement absente.

A Saint-Agrève, il y a plusieurs possibilités pour récupérer la Via Fluvia:

  • prendre le train touristique le Velay Express jusqu’à Raucoules. L’avantage est de vivre une belle expérience ferroviaire mais l’inconvénient est de saboter une bonne partie de la Via Fluvia. Cette option est la plus simple à mettre en œuvre, notamment pour les familles
  • opérer une étape de transition jusqu’à Yssingeaux, comme nous l’avons fait. Elle permet d’arpenter une bonne partie de la Via Fluvia depuis Yssingeaux, de voir la Haute-Loire sous un autre angle mais également de se manger quelques bonnes côtes et de devoir circuler sur des départementales pas nécessairement fréquentées
  • se rendre directement au Puy-en-Velay en suivant la D15 depuis Saint-Agrève puis rejoindre Lavoûte-sur-Loire en train. Cela vous permet de parcourir intégralement la Via Fluvia, la contrepartie étant une longue étape de transition et montagneuse de surcroît.

Si je développe la Via Fluvia dans un autre article, il faut savoir que son terminus provisoire s’arrête à Annonay en Ardèche du nord, cependant une liaison jusqu’à Sarras pour récupérer la Via Rhona est proposée au travers de la magnifique vallée de la Cance.