Au moment de décider notre destination de l’été pour un voyage à vélo, nos regards se sont penchés à la fois pour un tour du Massif Central en Auvergne et l’Alsace. J’avais envie de retourner dans l’Aubrac, la Margeride et de découvrir le Cantal. Quant à Margaux, voir sous un nouvel œil son ancienne région d’adoption ne la laissait pas indifférente. L’Alsace attendra.


Détails pratiques

  • Distance: 465km
  • Dénivelé: 6500m
  • Durée: 7 jours + 1/2 journée.
  • Hébergement: Bivouac et camping (Sainte Urcize: accueil royal même sans réservation), Condat (sanitaires neufs), Saint Nectaire (plus industriel mais fait le taf, tentes à l’écart)
  • Difficultés: dénivelé réparti sur 5 jours, climat varié, montées roulantes, routes parfois très passantes. Bien prévoir l’autonomie, certains passages sont vraiment désertiques
  • Accès: possible en train

 

Pour confectionner ce tracé, un paramètre est à prendre en compte et non des moindres: limiter le dénivelé à environ 900m par jour. Le trajet porte sur 8 jours mais l’essentiel du dénivelé se concentre sur 5 jours. Le tracé présenté est une alternative au tracé initial qui faisait passer par la chaîne des Puys avec une autre alternative possible par le lac d’Aydat. Notre idée était de poursuivre dans la logique du voyage bas carbone en nous rendant à Clermont-Ferrand en train mais des imprévus ont fait changer notre plan.

Pour la petite histoire, manger un aligot était un objectif en clin d’oeil à notre gourmandise. Bien que l’on allait traverser des régions peu denses, dénuées de troquets, l’objectif n’était pas trop ambitieux pour autant. Rouler dans des grands espaces est un sentiment exaltant de liberté et chaque moment est vécu pleinement sans retour en arrière et sans projection. C’est ce qui m’a motivé à revenir dans le coin après un premier passage enchanteur lors de mon voyage à vélo vers le Portugal.

Le récit de notre tour du Massif Central à vélo qui suit est décomposé en plusieurs sections, chacune représentant une région traversée.

Val d’Allier

A peine après avoir quitté la voiture, la longue série d’ennuis continue de s’accumuler sur le vélo de Margaux. Il faut changer la pièce coûte que coûte, un Intersport à vue d’oeil sauve la mise, heureusement que cela n’arrive pas en plein Aubrac.

Nous reprenons les coups de pédale sur les interminables faubourgs et leurs innombrables feux, ronds points et autres véhicules peu soigneux des cyclistes. Cela n’aide pas vraiment à relâcher la tension. Sitôt le pique nique passé, le Val d’Allier se présente enfin. Très rapidement l’ambiance change du tout au tout, la ruralité s’impose à nos yeux. Le souffle se fait plus paisible le long des champs remplis de bottes de foin, la fatigue gagnant nos corps, la tenancière d’une épicerie facilite nos démarches pour trouver un spot de bivouac au bord de l’Allier. Idyllique. Baignade assurée pour être au propre. Le combo apéro et bière de rigueur inaugure une nouvelle routine.

Toutefois voyant le ciel se couvrir, l’inquiétude s’empare de moi: comment allons-nous rouler demain ? En effet, la météo ne s’annonce vraiment pas bonne.

D’autant qu’un nouveau pépin mécanique vient d’apparaître, un arrêt à Brioude est nécessaire. La sous-préfecture est atteinte sous une pluie battante redoublant d’intensité et inondant les routes. Le magasin de cycles arrive à point pour la réparation. L’humidité finit par s’imprégner dans nos corps, manger et boire un café ne suffit pas à garder la chaleur. Deux heures plus tard, c’est assis dans une boulangerie que l’accalmie annoncée par des sites météo, arrive. Incroyable. Nous roulons vers Lavoute-Chilhac avec le retour du soleil comme si de rien n’était. Le paysage devient plus vallonné conférant un caractère très agréable à notre pérégrination avec comme point de repère les kayakistes sur l’Allier. Les villages perchés au bord de la rivière s’enchaînent et nous décidons de planter la tente non loin de Langeac dans une partie resserrée de la vallée. Cette fois-ci, un ancien nous aiguille vers un spot de bivouac:

Mettez-vous là, c’est un passage pour le paysan, ce soir ça ne gênera personne

val_allier

foin_allier

campement

pluie_brioudelavoute_chilhac

Margeride

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Saint-Arçons-d’Allier marque l’entrée vers la Margeride. Aujourd’hui, nous allons attaquer les choses sérieuses, tout d’abord pour rejoindre Saugues, haut lieu du Gévaudan, avec près de 500m de dénivelé. Cette région connue pour sa bête, un canidé ayant (aurait ?) causé nombre de morts au XVIIIème siècle dans la région suscite encore des fantasmes. Plus que le désert humain sciemment recherché, la fraîcheur du jour déboussole, sommes-nous vraiment en été ?

Le col de la Croix du Fau marque le point culminant de la journée à 1268m et les routes départementales tirent le rideau pour celles agricoles. Peu fréquentées et restant essentiellement en balcon, elles s’avèrent agréables et renforcent le caractère de grands espaces des lieux. La visibilité est maximale en dépit de nuages présents. De temps à autre, quelques sections forestières apportent un peu de variété et viennent valider le choix de pneus bien plus polyvalents. A 1200m, le village de Sainte Eulalie, 50 habitants, offre un espace pour camper, une fontaine et c’est à peu près tout pour un bivouac … frais et humide.

J’admire tous ces gens qui continuent d’habiter dans ces endroits reculés, semblent-ils protégés du tumulte du monde moderne. Habiter ici est peut-être même un remède pour la santé mentale. C’est flagrant, l’agriculture façonne la vie d’un territoire. Sans ces paysans, qui vivrait encore ici ? Que deviendraient ces terres abandonnées ?

margeride

Aubrac

Si la Margeride nous a envoûté, que dire de l’Aubrac ?

Haut plateau à plus de 1000m d’altitude au climat légendaire, l’Aubrac est une terre rude et volcanique. La région est connue pour sa viande de boeuf, pour le pélérinage de St Jacques de Compostelle, pour ses paysages désolés et il est vrai que l’on pourrait penser à la Mongolie même si j’en connais d’autres en France. Le plateau, un désert humain, semble être un échappatoire rêvé d’une vie trop citadine, une alternative au je vais aller élever des chèvres au Larzac avec une densité d’environ 10 hab/km².

Dans la continuité de la Margeride, nous roulons toujours sur ces routes d’agriculteurs peu fréquentées, dépassant de temps en temps des burons à l’abandon. Ici et là, quelques curiosités géologiques se manifestent comme un suc volcanique et des chaos granitiques plantés dans le sol. L’approche de Nasbinals, capitale et haut lieu touristique de l’Aubrac nous refroidit. Au fil des kilomètres, le nombre de touristes grandit à vue d’oeil. Il suffit d’observer les voitures frôlant nos vélos lors de dépassements ou qui s’arrêtent en double file. L’arrivée tumultueuse à Nasbinals ne fait que confirmer notre ressenti, malgré l’intérêt pour le village, notre halte ne se fera pas ici ce soir. L’Aubrac, semble t-il est victime de son succès.

Nous poussons encore les vélos pour une dizaine de kilomètres avant de trouver une petite place dans un sympathique camping à Saint Urcize, petite cité de caractère du Cantal. Il faut savoir que le vaste territoire de l’Aubrac se partage entre Lozère, Aveyron et un petit bout du Cantal. Nous avons atteint le point de retour, ce point ou la tête se tourne plus vers le Nord que le Sud. Après avoir sillonné un bout de l’Aveyron jusqu’au pont de Tréboule enjambant la Truyère, le Cantal fait son entrée.

buron_aubrac route_aubrac
campagne_aubrac
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Monts du Cantal

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Revenus à 650m d’altitude au pont de la Tréboule au dessus de la Truyère, il nous faut remonter vers Pierrefort, une ancienne ville fortifiée. Le bivouac aux alentours est tentant, mais les pentes et les terres privées compliquent la démarche. La recherche d’un terrain plat trouve son salut en une clairière sur un sentier de randonnée local. Si la discussion avec la propriétaire voisine méfiante est tendue, elle finit par admettre l’évidence:

Si cet emplacement ne vous appartient pas, il est à la commune. Donc on peut s’installer !

Un coup d’œil au topo du lendemain invite à un réveil très matinal. Nous avons troqué les problèmes mécaniques contre le retour de la chaleur. Elle a tendance à nous écraser sur les guidons, boire est plus que jamais vital.

L’ascension vers le Prat de Bouc sonne comme le paroxysme de notre voyage. 18 km de faux plat sont nécessaires pour atteindre les 1396m du col du Prat de Bouc, son étymologie signifierait pré boisé. Les volcaniques Monts du Cantal prennent ici tout leur sens, déboisés, ils éblouissent de leur verdure. Le col propose un accès au domaine skiable du Lioran, la présence d’un bar est enfin l’occasion de prendre une pause, une boisson sucrée et une coupe de glaces ne sont pas de refus. La descente vers Murat est un délice de rafraîchissement à moindre coût. En revanche, la situation de la ville, très encaissée, nous oblige à remonter la vieille ville à pied sur de forts pourcentages. L’épreuve, consistant à tracter 30 kg est même éprouvante avec la chaleur jaillissant du bitume. Le pique nique improvisé sur un terrain communal est vertigineux.

Désormais, il nous faut guetter la moindre goutte d’eau, les côtes jamais longues se succèdent pour nous donner encore plus soif. A présent, nous faisons route vers le Cézallier, un autre haut plateau, moins connu que l’Aubrac mais tout aussi envoûtant. Chaque village traversée est une incitation à chercher l’ombre d’un bâtiment pour s’imprégner encore une fois de ces lieux volcaniques.

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Cézallier

De toutes les régions traversées, une chose est à mettre en commun: la pierre volcanique noire façonne l’architecture des villages. Souvent en ordre resserré pour mieux se serrer les coudes lors des hivers rigoureux, les habitations se devinent souvent au loin, perchés depuis un promontoire. L’accès se fait souvent par une côte, jamais bien placée, évidemment.

Le Cézallier ouvre ses portes lors du franchissement de l’Allanche, les similitudes ne cessent de s’allonger avec les jours précédents. Pourtant, on sent une nette différence. Plus qu’ailleurs, la notion de grands espaces prend tout son sens. Lors d’un interminable faux plat montant vers Marcenat, sous une fournaise en l’absence d’ombre, Margaux exprime un ras le bol. Les paysages semblent immobiles, immuables alors que les voitures roulant à pleine vitesse sur ces longues lignes droites nous ramènent à une autre réalité. Les vaches de race Salers et Aubrac sont les reines de ces alpages offerts par la géographie du Cézallier, un (énième) plateau volcanique (encore) ponctué de collines et beaucoup lui donnent le qualificatif, non démérité de… Mongolie. Cette fatigue passagère vaudra la descente à Condat et les retrouvailles avec la forêt.

Pour reprendre la marche vers le lac Pavin, point d’orgue de notre voyage à vélo sur le tour du Massif Central, nous remontons sur le plateau du Cézallier par la seule véritable pente du séjour sur deux kilomètres, un bon 7 à 8%. On a beau être aux heures matinales, les effets de la chaleur se font déjà sentir avec l’humidité montant vers le ciel. Les photos n’ont plus la même lumière pure qu’au début du séjour. Rouler dans le Cézallier est un véritable plaisir, les collines successives laissent toujours apparaître de nouvelles nuances. L’ombre d’un arbre à Espinchal est un bon prétexte pour prendre une pause, ici tout semble s’arrêter. Un gars du cru vient aux nouvelles et propose de l’eau, son regard en disant long sur l’arrivée de motards.

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Allanche

route_cézallier
cézallier

Retour à Clermont-Ferrand

piste_forestière
lac_montceneyre

clermont_ferrand

La montée au Lac Pavin est l’occasion de basculer de nouveau sur des pistes forestières et sentiers. La poussée est même parfois indispensable mais nous apprécions énormément ce changement de rythme à l’écart des voitures. Nombre de randonneurs croisés cherchent à identifier le moteur électrique que nous n’avons pas. Au lac Montceneyre, d’un calme limpide, nous faisons figure d’ovnis avec nos sacoches parmi les VTT VAE surdimensionnés.

Le Lac Pavin est une attraction touristique majeure de l’Auvergne, occasionnant une fréquentation accrue des alentours. En effet, formé sur un ancien cratère volcanique, il constitue une curiosité géologique, près de 200 000 personnes/an le visitent pour ce qui est une balade fort sympathique non loin du Puy de Sancy.

Besse, la prochaine ville sur notre passage, marque de nouveau le retour à une réalité prosaïque un peu brutal. Il nous faut jongler entre les voitures et gaz d’échappement. Ce passage n’est pas sur le tracé original, en effet, nous venons de décider de couper au plus simple vers Clermont-Ferrand. Nous aurions du nous rendre vers la chaîne des Puys en contournant le Puy de Sancy par l’Ouest mais nos esprits sont déjà tournés ailleurs. Un ami nous attend et Margaux enchaîne sur un autre projet la semaine prochaine. Le tracé initial demande plus de dénivelé que le retour direct et au bout d’une semaine de voyage, un peu de repos ne ferait pas de mal. Je maintiens que pour un long voyage à vélo, une semaine de vélo = un jour de repos.

La descente vers St Nectaire est rapide, un orage menace de nous tomber dessus et c’est la danse des arbres qui va jusqu’à me faire peur. Nous échappons de peu à la pluie, son arrivée coïncide avec le montage de la tente au camping. La rampe finale vers la capitale auvergnate est tout aussi rapide, avec notamment près de 40 bornes bouclés en même pas deux heures, nous n’avons plus l’habitude. L’acclimatation au trafic routier se fait violemment. Plusieurs voitures manquent de nous percuter de face en roulant sur notre file pour doubler. L’émotion est vite épongée, heureux d’être de retour à la voiture.

vallée

Et l’aligot ?

aligot
Au début de cet article, j’avais mentionné que le but inavoué de notre tour du Massif Central à vélo était de manger un aligot. Bien qu’il n’était pas prioritaire, il constituait une partie ludique, l’Auvergne regorge de terroirs gastronomiques. Nous avons eu l’occasion de déguster un aligot dans l’Aubrac à Sainte-Urcize. Ce plat est une alternative à la truffade, cette dernière sera plus facile à réaliser chez soi: purée de pommes de terre, de crème fraîche, de beurre, d’ail et de tome fraîche. Cela ressemble à d’autres plats typiques des régions montagneuses, elles aussi basées sur des ingrédients similaires. Notre campement à Sainte-Urcize était pour une fois près d’un village. Seul hic: 100m de dénivelé. La chance nous accompagne toutefois puisqu’au camping, il nous est proposé la livraison de repas au choix: l’aligot tombe à pic. Il a été servi dans des emballages jetables avec une saucisse. L’aligot est le seul extra que nous nous sommes offerts durant ce voyage, de toute façon, il n’y a que peu d’autres possibilités: Nasbinals, Langeac, Laguiole, Murat, Condat et c’est a peu près tout.