Certaines virées, une fois réalisées, se révèlent être fondatrices. Ce tour des lacs du Jura à vélo en fait partie.

Pas besoin d’aller bien loin. Juste quelques jours hors du temps.

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Deux vélos, quatre sacoches arrière, deux sacoches de guidon, un couple, l’un expérimenté et l’autre en quête d’aventure.

Le parcours est défini quelques jours avant (fichier GPX fourni sur demande), un stock de nourriture est entreposé dans les sacoches et contrairement à la virée dans le Bugey quelques semaines plus tôt ou le lieu de départ n’était accessible qu’en voiture, l’itinéraire a été conçu avec un départ en gare de Bellegarde en Valserine.

C’est ainsi qu’après presque deux heures de train, nous sommes au pied du massif du Jura, il est 19h.

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La montée vers le plateau jurassien étant longue de 40 kms, il a été décidé de la compartimenter en deux étapes. La première partie, réalisée en soirée a pour but de limiter la chaleur. Après avoir apprécié la beauté de la vallée de la Valserine, bien au calme sur la route déserte, nous finissons par mettre en place le bivouac sur un terrain agricole en pente, à l’abri des regards, et de manger alors que la nuit est installée. Révélateur de cet instant improvisé, c’est accompagnée d’une frontale que Margaux lance cette boutade:

ah oui, là c’est l’aventure

Cette fameuse sensation grisante, d’être réactif face à l’imprévu et de sentir un vent de légèreté face à la vie.

Pédaler, boire, manger, dormir. Ce leimotiv que je connais déjà depuis quelques années, mais que je redécouvre au travers de ma compagne.

La transmission, le partage, la compréhension.

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Le lendemain, nous découvrons enfin le paysage que le bivouac nous offrait. Comble de l’histoire, un camping se trouvait à quelques encablures mais affichait complet ! Le meilleur reste encore à venir, mais il nous faut toujours grimper cette fameuse route au travers de Lelex et Mijoux, principales localités de la vallée, aussi connues pour faire partie de la station de ski des Monts du Jura. Sitôt Mijoux passée, nous nous dirigeons vers Lajoux pour terminer l’ascension du plateau. La route est plus pentue, la chaleur bien présente et un dimanche matin pendant la période touristique amène son lot de motards, campings-car, badauds avec qui nous devons bien partager la route au gré de leur politesse variable.

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L’arrivée à Lajoux s’accompagne de vallons et de forêts jurassiens au contraire de la Valserine au relief plus marqué. Ceci sonne en moi comme un parfum bien connu: Prémanon, Les Rousses, la Cure, le Bois d’Amont, Bellefontaine, Chapelle des Bois, Mouthe sont tous des lieux que j’ai fréquenté en Hiver lors de vacances familiales. Après avoir côtoyé la frontière Suisse à la Cure, nous nous enfonçons vers la superbe vallée de Joux, symbolisant parfaitement le Jura. Une vallée rectiligne, entourée de forêts sur les hauteurs, puis parfois des lacs, comme ceux de Lamoura, des Rousses, de Bellefontaine (à sec lors de notre passage), de Saint-Point, et celui de la Joux et d’autres encore.

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La route continue et comme si nous n’avions pas assez enquillé de dénivelé en ce jour, un dernier défi nous attend dans la montée vers la forêt du Risoux, haut lieu du ski nordique jurassien. C’est au milieu d’une clairière que le bivouac est posé pour la seconde nuit et cette fois nous prenons le temps d’apprécier la solitude et le calme de la forêt jurassienne. En cette fin de journée caniculaire, la forêt remplit son office d’îlot de fraîcheur.

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Le lendemain, la mécanique est bien rodée, de compagnons, nous passons à coéquipiers et savons instinctivement ce qui doit être fait, sans réfléchir. Je devine Margaux qui se laisse prendre au petit jeu de vivre au jour le jour, sans se préoccuper de ce qui va suivre, à chaque moment suffit sa peine. Elle qui quelques mois avant n’avait jamais bivouaqué, semble maintenant déjà aguerrie, pour preuve ses nuits dans la tente sont meilleures que les miennes.

Le lendemain, la route forestière nous emmène vers Bellefontaine avant de bifurquer vers la Chapelle des Bois, autre haut lieu du ski nordique local. Nous en profitons pour faire notre première pause café sans oublier le ravitaillement à la coopérative locale, histoire de s’alourdir d’un Comté 1 an d’âge dans les sacoches. Mouthe est l’étape suivante avant que la route ne s’élève franchement vers la Suisse. Pour la petite histoire et au risque de me répéter, le val de Mouthe est connu pour avoir enregistré les températures les plus froides de France métropolitaine à près de -36°C.

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Avec le col de Landoz-Neuve, le voyage à vélo dans le Jura prend une tournure internationale. Le col est relativement facile à gravir mais sa longueur en fait une nouvelle épreuve de patience après la montée de la vallée de la Valserine la veille. L’heure tourne alors qu’il nous reste encore un autre col à passer par la suite. La Suisse se montre tout de suite à son plus beau jour avec les lacs de la Joux et de Brenet et en bonus de quoi admirer la dent de Vaulion durant la descente jusqu’aux Charbonnières. Le coup d’oeil vers le sud-Ouest est sans appel: un orage approche et quelques kilomètres sont nécessaires avant de trouver un abri de fortune avec une fontaine aménagée. Durant une heure l’orage neutralise notre avancée avec de fortes pluies et même de la grêle, chanceux d’être toutefois à l’abri. Le retour du ciel bleu permet pleinement d’apprécier l’architecture et les paysages, cependant le comportement des usagers sur la route ne diffère guère.

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Au Brassus, qui marque le début du col du Marchairuz, la pente se braque sévèrement. Je m’inquiète un peu pour le moral de Margaux, à vrai dire, je n’avais pas anticipé ces pentes avoisinant les 8% lors des repérages. L’autre inconvénient de ce col est sa fréquentation, pour la plupart de grosses motorisations qui n’ont que faire de la présence de deux cyclistes pouvant entraver leur bonne marche. Bien qu’il ne soit pas long, ce col a tout de même mis ma patience au défi, devant mon ultime hâte: récupérer une petite route forestière débusquée lors des repérages avec brouter.

Cette route a comme énorme avantage d’être très peu fréquentée du fait de son utilisation majoritairement agricole et de rejoindre directement les rives du lac Léman. Elle est véritablement notre coup de coeur de ce petit voyage à vélo dans le Jura.

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Devant la chaleur, la rudesse d’un voyage nature, l’impolitesse des conducteurs, les montées longues, de pédaler en toute plénitude sur une route déserte en altitude au milieu des alpages prenant l’allure d’un no man’s land est une belle récompense. D’ailleurs plusieurs camper van ont flairé le filon, ici le camping sauvage est encadré et seuls des panneaux explicitent clairement les endroits autorisés au camping. Ainsi pour cette dernière nuit, le bivouac est monté à 1300m non loin de route mais au milieu d’un grand calme. Idéalement, nous n’aurions pas été contre une douche en camping, mais ce n’est pas grave, la route nous emporte déjà et nous ramène au coeur de ce que nous sommes.

Peu importe si l’on pue, si l’on est mal coiffé, si l’on a des boutons, nous roulons, buvons, mangeons et dormons.

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La dernière journée justifie le fait d’avoir passé le col de Marchairuz la veille: il nous faut attraper un train à Bellegarde tôt pour des contraintes matérielles. Le début de la journée est limpide, tout en descente, vers le lac Léman. Quelques instants durant, le Mont Blanc est visible avant que la brume et la luminosité ne le fassent disparaître des radars. Une longue succession de petits vallons sur les hauteurs du lac Léman et au pied du massif du Jura nous amène d’abord vers la frontière française puis Gex et enfin Bellegarde avec parfois des pistes cyclables. L’ambiance est agréable mais n’a rien d’égale à celle des journées précédentes, plus près de la nature et plus au frais.

Pour vous dire, les derniers kilomètres de retour à Bellegarde sur Valserine sont effectués sur une route nationale très passante, la seule route possible à moins de faire un grand détour par la Via Rhona.

Ainsi s’achève une courte virée mais qui en appelle d’autres: la patience dans les cols, la mise à nu que nécessite le voyage avec bivouac, sans aucun doute de compagnons, nous sommes passés à coéquipiers.

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