Une randonnée au Grand Arc en bivouac, ce “machin” que l’on voit de si loin depuis les plaines de Savoie ne laisse personne indifférent. Le sommet en forme de pyramide solitaire est un observatoire réputé pour admirer une bonne partie des Alpes du Nord. En cet été d’inactivité professionnelle et en quête de ressources, j’entreprends d’effectuer le tour de ce chaînon séparé du reste du massif de la Lauzière par le col de Basmont.

Le chaînon est entièrement couvert par la carte IGN 3432ET “Albertville”. Comme vous pouvez le voir sur le tracé fourni ci dessous, j’ai arpenté quelques parties en hors sentier, sur la partie Ouest, jamais très loin des sentiers toutefois. Quant à la partie au retour, après un bivouac au lac de la Lanche, elle se fait entièrement sur l’arête. Le sentier est plus ou moins marqué mais toujours représenté sur la carte IGN. Attention, les passages exposés sont nombreux, vous le verrez dans la suite du récit.

Détails pratiques:

  • Distance: 24km
  • Dénivelé: 2100m
  • Durée: 2 journées avec une nuit en bivouac
  • Difficulté: prudence sur l’arête entre le col de la Lanche et le Grand Arc, passages aériens et exposés
  • Départ/Arrivée: Montsapey
  • Cartographie: IGN 3432ET “Albertville”

La Lauzière, terra incognita

Allez demander à un savoyard s’il connaît la Lauzière ? Au mieux, il le situera correctement entre les vallées de la Tarentaise et de la Maurienne. En effet ce massif, qui géologiquement est rattaché à son voisin des Belledonnes, dispose d’une forme allongée depuis la combe de Savoie jusqu’au col de la Madeleine, bien connu des cyclistes. Ses pics acérées n’autorisent pas de réelle pénétration au coeur et le tour de la Lauzière, récemment crée est en fait un sentier principalement en balcon dominant les vallées de chaque côté !

lac_noir

Revenons au Grand Arc.

Il culmine à 2484m tandis que le parking de départ, Tioulever est à environ 1350m. Il faut savoir qu’historiquement, Montsapey, le village de départ hébergeait au début du siècle dernier de nombreux alpages, plusieurs affiches au départ de la randonnée permettent de mieux saisir l’histoire des lieux, des activités liés au bois, des animaux et des alpages.

ancienne_grange

Récit de la randonnée

En ce premier jour, je choisis plutôt de longer sur la face Ouest le chaînon pour gravir le sommet le lendemain. Jusqu’au Char de la Turche, le sentier ne présente pas de difficultés, le marquage étant évident au vu de la fréquentation du site en été. En effet, nombreux sont les gens de la vallée à monter notamment pour le lac Noir mais aussi pour les abondantes myrtilles prêtes à être ramassées chaque fin d’été.

La sensation de hauteur est saisissante puisque depuis l’altitude de 2010m, la basse vallée est directement visible. Dans la continuité du sentier, je m’attends à une signalétique de qualité, pourtant je ne parviens pas à rattraper le sentier initialement prévu s’écartant de la crête. Tant pis, je rattrape un autre sentier partant sur la gauche pour contourner le Petit et le Grand Arc et me retrouver au milieu d’un alpage inoccupé. Je finis par identifier ma localisation précise et par flemme de rattraper les bons sentiers, j’entreprends de couper au plus droit possible. Quitte à m’affranchir de pentes très raides et de glisser plusieurs fois sur des touffes d’herbe encore humides.

myrtilles

randonneur_maurienne

contraste_montagnes

Un peu d’aventure me fait du bien, même si dans ces cas, je ne suis jamais vraiment tranquille. Au fil des incertitudes je finis par rattraper l’itinéraire prévu et jusqu’au bivouac au bord du lac de la Lanche, rien ne viendra perturber ma marche en avant. La face Ouest du chaînon est plutôt ennuyeuse, avoir en visu la vallée urbanisée n’a rien de transcendant. La vue de l’Arcalod, principal sommet du massif voisin des Bauges et la contemplation de la flore abondante en cet été humide sauvent la mise.

bauges_arcalod

silène_enflé

crepide_dorée

geranium_bois

myosotis

Ce n’est qu’après l’ascension épique du col de la Lanche, un sacré raidard étroit, que je redécouvre l’existence de mon palpitant. L’arrivée au lieu de bivouac est un soulagement, physiquement je suis éreinté. La baignade dans le lac, encore ensoleillé est une bénédiction et le repas du soir se fait en compagnie de la Vanoise au loin. Je tente de capturer avec le téléobjectif sans réelle réussite, les points clés de la Vanoise au coucher de soleil. Cela fait longtemps que je n’ai pas été seul, le besoin est comblé et pourtant une légère appréhension s’empare de moi.

lac_lanche_queige

bivouac_lac_lanche

grand_mont_soir

glaciers_vanoise

Une journée … aventureuse

Ce manque de sérénité va m’accompagner tout le long de cette seconde journée. Je suis à une extrémité du chaînon du Grand Arc, il s’agit maintenant de revenir, mais cette fois-ci, par l’arête.

Tout au long. Et là c’est le “drame”.

Sitôt tourné dos au col de la Lanche et face à la Dent du Corbeau, je constate rapidement que le sentier n’est pas si marqué, mais surtout que le vide s’approche dangereusement sur le versant de la vallée. D’ailleurs, cette inclinaison expliquerait pourquoi la façade Ouest, très abrupte est gorgée d’eau, au point parfois, de ne plus voir le sentier envahi par les herbes, tandis qu’à l’Est, ce ne sont que des alpages secs plutôt doux disposés à recevoir les bêtes !

dent_du_corbeau

Tout le long de l’arête, au gré du sentier aérien perdu et retrouvé, m’embarquant parfois dans des situations très compliquées, merde où est ce putain de sentier ?? Bon tant pis, je pars à droite. Ah oui là, si le pied glisse sur ces touffes mouillées, je sais pas où je finis. Vais-je retrouver le sentier après ces blocs rocheux ??? qu’est ce que c’est ce passage sur des troncs d’arbres exposés au vide ???  je finis par amadouer mes angoisses. C’est la première fois que je me retrouve face à ce genre de situations seul, d’habitude pour les passages aériens je suis accompagné. Bivouak.net attribue un beau R3 à cette arête tandis que IGN n’indique rien de spécial. Alors même que l’approche du Grand Arc nécessite de mettre les mains, j’ai trouvé ce passage moins délicat pourtant bien signalé sur IGN !

sentier_crête_grand_arc

En dehors de cette recherche permanente de sentier, l’arête était magnifique. C’est une expérience à vivre, de se sentir en tant que chamois dominant les deux versants de ce chaînon. Les grands massifs des Alpes du Nord sont visibles, le Mont Blanc scintille au petit matin et même la Barre des Écrins se découvre au loin. Le Grand Arc est atteint avec soulagement, cette randonnée, non seulement est sportive mais a le bon goût de me rendre vivant au travers de ces passages aventureux. La plupart des randonneurs l’ont compris, l’ascension du Grand Arc comme sortie à la journée est tout aussi suffisant. Le lac Noir encaissé au pied du sommet est l’occasion de faire une nouvelle trempette avant de redescendre au parking sur un sentier peu agréable. Le retour à la voiture est un soulagement final, celui d’avoir renoué avec une partie de soi: randonner seul.

parcours_grand_arc

mont_blanc_au_loin

ecrins_au_loin