En montagne si l’on observe les autres randonneurs, il n’est pas rare que le sac de couchage pendouille avec nonchalance à l’arrière du sac à dos. Exposé à l’humidité et aux éventuels frottements avec le sol, c’est une maladresse courante. Ensuite si je m’attarde sur les ressentis de nombreuses personnes:

“j’ai eu froid cette nuit dans le sac” “il est trop lourd” “il est trop gros”

Le constat est éloquent: le sac de couchage est souvent négligé. Bien choisi, il peut être utilisé pour toutes les activités de plein air, que cela soit en randonnée, voyage à vélo, en ski, en raquettes, en kayak ou que sais-je ?

Après mon premier bivouac dans les Vosges, j’ai acquis dix ans d’expérience, toutes conditions avec mon sac de couchage,  je vous emmène pour une revue de détails qui va à l’essentiel: la qualité de l’isolant.

Les facteurs qui influent sur votre perception du froid

En premier lieu, relativisons les indications des fabricants de sacs de couchage annonçant fièrement “température confort 0°C”. Des facteurs subjectifs influencent votre perception du froid et viennent nuancer ces indications. Avec l’appui de cette documentation très fournie sur Randonner Léger voici ces facteurs par groupe:

  • l’environnement d’utilisation du sac de couchage: température, vent, humidité, altitude, localisation et nature du terrain accueillant le bivouac
  • l’équipement autour du sac de couchage: tente double toit ou tarp, moustiquaire ou toile pleine, qualité du tapis de sol, qualité du matelas, utilisation de vêtements pour dormir dans le sac ou non
  • votre propre sensibilité à l’humidité, au froid, l’habitude et votre niveau de fatigue liée à plusieurs facteurs: difficulté, satiété, douleurs

Vous comprenez qu’avec cette multitude de facteurs, résumer le choix seul d’un sac parce que l’étiquette indique “température confort 0°c” me paraît hasardeux. Sur quels critères le fabricant se base t-il pour indiquer cette valeur ? C’est souvent là que le bat blesse, vous le verrez dans la suite de l’article.

Les critères de choix d’un sac de couchage

Maintenant que l’on a pris du recul avec la notion de température confort, voici les critères de choix d’un sac de couchage:

  • la longueur (certains sacs se trouvent en plusieurs tailles ou se font sur mesure)
  • le volume qui dépend fortement de la capacité de l’isolant à être compressé (de bons sacs de couchage tiennent en 6L)
  • le poids total qui dépend fortement du poids de garnissage et de la qualité de construction (de bons sacs de couchage vous permettent de dormir à 0°C en théorie pour environ 700g)
  • sa forme: couverture (le bas de gamme), sarcophage (le plus courant), quilt (permet d’économiser du poids et d’utiliser le matelas de sol comme isolant)
  • le type d’isolant et sa qualité: en plume (léger et efficace mais nécessite de l’attention notamment en cas d’humidité) ou en synthétique (moins performant mais plus robuste notamment en cas d’humidité)
  • et bien sur, le prix

Ces critères sont volontairement non exhaustifs, mais je fais au plus courant. Tous ces critères doivent correspondre à vos besoins, tout en gardant à l’esprit la plage de température d’utilisation de votre sac de couchage, voici quelques exemples d’utilisation, intégrant une marge vis vis des facteurs précédemment présentés. Rappel, c’est à prendre avec des pincettes:

  • en hiver en France: songez à du -20°C
  • en 3 saisons en montagne: -10°C devrait suffire
  • en été en montagne: 0°C est suffisant
  • en été en plaine/moyenne montagne: 5°C est suffisant

Le nerf de la guerre: l’isolant

J’arrive maintenant à la partie la plus technique de cet article. L’isolant est vraiment le critère primordial, voici ce qu’il faut savoir:

  • plume: la valeur CUIN (cubic inches) permet de déterminer le pouvoir gonflant. Plus cette valeur est élevée, par exemple 800, plus l’isolant est performant. Pour le même poids qu’un sac de couchage à valeur CUIN 800, un sac de couchage avec une valeur CUIN de 400 pour un même confort thermique sera plus lourd et plus volumineux. En tenant compte du poids de garnissage et de cette valeur CUIN, vous pouvez mathématiquement déterminer la plage d’utilisation de votre sac de couchage (voir tableau en lien plus bas)
  • synthétique: les sacs de couchage avec un bon isolant en synthétique se font plutôt rares, il faut regarder principalement l’isolant utilisé (idéalement APEX, G-Loft, Primaloft, Polarguard) et le grammage en g/m². Comme pour la plume, plus la valeur de grammage est importante, plus l’isolant est performant.

Considérons maintenant les avantages et inconvénients des deux types d’isolant:

  • plume: le poids, le volume et son confort d’utilisation sont intéressants tandis que la technicité et délicatesse d’utilisation peuvent rebuter. La plume est nettement moins efficace en cas d’humidité
  • synthétique: les militaires privilégient cet isolant car il est robuste et sera performant quoi qu’il arrive. En revanche il est plus lourd et volumineux pour un même confort thermique qu’un sac de couchage en plume

Qu’est ce que je conseille ?

Vous l’avez compris, le premier conseil est de ne pas regarder l’étiquette “température confort” mais de chercher vous même les informations sur la qualité de l’isolant et le poids de garnissage. Vous trouverez dans ce tableau plus d’informations sur les températures d’utilisation considérées au regard du poids de garnissage et de l’isolant. Quelques exemples théoriques:

  • 400g de garnissage CUIN 800 pour un sac de 750g est prévu pour une plage d’utilisation jusqu’à 0°C
  • 600g de garnissage CUIN 800 pour un sac de 950g est prévu pour une plage d’utilisation jusqu’à -6°/-10°C
  • 950g de garnissage CUIN 800 pour un sac de 1,5kg est prévu pour une plage d’utilisation entre -17°/-27°C.

Étudiez bien ces données avant de considérer votre achat, sans connaissance de la qualité de l’isolant, repoussez votre achat. Prenons cet exemple, ce sac de couchage est chargé à 300g de duvet CUIN 700 et est annoncé pour une température jusqu’à 0°C. Si l’on prend mes indications ci-dessus, difficile d’y croire ! Sans parler de ce modèle ou l’on frôle le délire: dormir à 0°C avec seulement 180g de plume sur le papier !

Sérieusement, si vous envisagez de camper sur 3 saisons en montagne, température minimale de 0°C, il faut mettre le prix: 250€ minimum. Bien sur, cela représente un sacré budget initial, mais songez qu’un sac de cette qualité dure toute une vie. Faites le ratio du nombre de nuits à l’utiliser sur une longue durée, vous verrez !

En terme de qualité, de sérieux et de réputation, je reproduis les suggestions d’un ami, accompagnateur en moyenne montagne sur les marques réputés de sacs de couchage en plume:

  • Triple Zero, français, très réputé, propose d’autres produits en plume tels que coussin, oreiller, couettes
  • Valandré, français et très réputé également, un peu plus cher que Triple Zero
  • Cumulus, polonais, plus accessible et de très bonne facture
  • Sir Joseph, tchèque, moins connu mais tout aussi bon

Peu de marques proposent des sacs de couchage synthétiques de bonne qualité:

  • Carinthia équipe les militaires
  • As Tucas et GramXpert, des équipes de passionnés, proposent chacun à leur manière des quilts très intéressants.

Notez que ces références sont indiquées de manière fortuite, je n’ai aucune intérêt commercial avec ces marques. L’entretien des sacs de couchage est également important, Triple Zero, par exemple se propose de laver les sacs de couchage. Pour l’avoir fait laver, le pouvoir gonflant récupéré est réel. Vous pouvez aussi le faire vous-même mais cela demande beaucoup de minutie.

Mon retour d’expérience

Jusqu’à présent, j’ai surtout parlé du choix d’un sac de couchage. Mais quel est mon retour d’expérience à ce sujet ?

En 2012, j’ai acheté le sac de couchage Triple Zero Ansabère 600 et dix ans plus tard je ne taris pas d’éloges à son sujet. Plusieurs personnes de mon entourage se sont également fournis chez ce fabricant. Comme vous pouvez le voir sur ces photos, la compression est impressionnante, mais ne doit être réalisée que pour la durée de l’activité. A la maison, il est impératif de le ranger librement dans son sac de rangement. Le sac de compression de 8L est utilisé pour le ranger dans le sac à dos, mais aussi pour le protéger de l’humidité. Le plus possible, le sac de couchage est rangé au fond du sac à dos et jamais dehors. Jamais !

sac_couchage_rangement sac_couchage_compression

Il est utilisé pour une grande plage d’utilisation, même par températures chaudes, je m’en sers en tant que couette et ce n’est seulement par température très chaude que je prends un autre sac de couchage basique, dont le toucher est moins agréable. Dormir dans un sac de couchage Triple Zero, c’est sentir le nid douillet des plumes vous accueillir. Selon les températures, je peux fermer le zip demi long (un autre modèle fournit un zip long), serrer les collerettes et dormir habillé jusqu’à -5°C sur la neige. Aucun soucis pour dormir dans un tarp ou même à la belle étoile pour peu qu’il soit aéré au petit matin.

L’inconvénient majeur est mon seuil de tolérance à l’humidité (et par extension au froid) qui baisse avec le temps, mais pour ça, le sac de couchage n’y peut rien. La plupart du temps, je dors avec des sous vêtements en laine merinos pour éviter de le salir inutilement. Au retour à la maison, je le laisse s’aérer, chaque face, au minimum deux jours avant de le glisser dans son sac de rangement.

sac_couchage_etendu

Vous voilà maintenant armés pour choisir un bon sac de couchage !