Bien que j’adore marcher en montagne, emprunter un long itinéraire comme par exemple le GR54 dans son intégralité me rebute. En cherchant des itinéraires plus courts, je suis tombé sur un GRP, le tour du Vieux Chaillol dont j’ai ajouté l’ascension pour en faire une véritable randonnée dans les Ecrins de plus de 5 jours.


Détails pratiques

  • Distance: 90km
  • Dénivelé: 5600m
  • Durée: 5 jours et demi de marche. Alternance de bivouacs sauvages et près de refuge
  • Difficulté: bon balisage, en bonne partie sur le GR54. Seule l’ascension du Vieux Chaillol est en hors piste depuis la cabane des Parisiens. Quelques journées au dénivelé conséquent.
  • Cartographie: IGN TOP 25 3437 OT Champsaur couvre une très grande partie de la boucle.
  • Départ/Arrivée et accès: Les Paris à Saint Jacques de Valgodemard, des places de parking sont disponibles. Ailleurs …

La distance parcourue sur cet itinéraire Openrunner peut être impressionnante, mais il faut tenir compte du fait que plusieurs heures de marche en vallée sur chemins faciles et bitume sont à prévoir. Mon tour du Vieux Chaillol emprunte toutes les variantes et inclut même l’ascension du Vieux Chaillol, ce qui n’est pas le cas du topo officiel (voir ci-dessous). Un point d’attention est à porter sur la présence d’eau pour les bivouacs, en été, en trouver peut être difficile.

Le tour du Vieux Chaillol, une randonnée de 5 à 6 jours dans les Ecrins

pic_vallonpierre

Le tour du Vieux Chaillol constitue une excellente alternative plus courte que le GR54 pour offrir une randonnée de 5 jours dans la partie Sud du parc national des Écrins entre Champsaur et Valgaudémar. J’ai déjà fréquenté les Ecrins lors de deux treks lors de 4 jours sur le Tour des Ecrins, et lors du tour du Lauvitel. Les pentes très marquées du Valgaudemar, vallée sauvage, impressionnent la moindre personne s’y rendant. Quant au Champsaur, un haut plateau surplombant Gap, il marque la vraie séparation entre Nord et Sud des Alpes.

Un topo de l’itinéraire est fourni par le parc national des Ecrins. La version classique se parcourt sur 5 jours et va de refuge en refuge. Le dénivelé reste raisonnable, autour de D+4100 pour une distance de 92 km et permet de varier les plaisirs entre villages et montagne. Le topo propose également plusieurs variantes toutes intéressantes, nécessitant plus ou moins le bivouac. L’immersion en montagne est plus grande en dépit d’un dénivelé plus conséquent. Le détour par les lacs de Pétarel vaut franchement le coup, la vallée du Tourond avec son cirque c’est tout pareil. Il ne reste que la variante par Molines en Champsaur qui est peut-être moins spectaculaire mais si immersive, le véritable tracé passe plutôt au coeur du Champsaur.

Première partie: Le Valgaudemar

Pour le départ de la randonnée, il est conseillé de se garer au hameau des Paris à Saint Jacques de Valgodemard, en effet des places de parking sont prévues à côté du gîte d’étape. Ailleurs, les places sont principalement réservées aux résidents ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes en période touristique. Pour rattraper le GRP du tour du Vieux Chaillol, il faut remonter le sentier partant du gîte des Paris. Dès lors une section facile en sous bois d’une dizaine de kilomètres jusqu’à Saint Maurice en Valgodemard s’annonce.

maison_valgaudemar

Valgodemard, quelle drôle de nom envoûtant !

Allons-y pour quelques clarifications: cette vallée aux sonorités norroises s’écrit de plusieurs façons, ce qui explique les différentes orthographes utilisées dans les cartes géographiques. La bonne prononciation est Valgaudémar, son origine proviendrait de val pour vallée et Godemar pour le nom d’un roi d’origine burgonde qui aurait séjourné dans la vallée. Finalement Valgo reste le surnom utilisé par les initiés. La vallée, au vu de son étroitesse d’origine glaciaire, est encerclée par des sommets mythiques du parc national des Écrins: l’Olan, le Sirac ou les Bans.

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chapelle_valgaudemar

col_pétarel

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Bref, revenons à cette randonnée de 5 jours dans les Écrins.

Dès le hameau de Ubac – signifiant versant Nord dans les Alpes – passé, la pente se durcit un peu en direction du col de Pétarel, D+1400 m’attendent et y être en fin de journée semble hypothétique. J’ai bien repéré un petit étang sur la carte IGN pour établir le bivouac, cependant la présence d’un troupeau de moutons compromet mes intentions.

Je m’arrête sur la partie opposée de l’arête, tout près d’une mare d’eau, possiblement crée suite à un violent orage. Cette mare est ma seule source d’eau dans le coin, celle indiquée sur la carte semble introuvable. Je passe de longues minutes à bouillir l’eau en contemplant la vue offerte par ce petit replat, un fantastique belvédère orienté Ouest. Le Dévoluy se dévoile derrière un jeu d’ombres crée par la lumière du soleil tandis que des ânes viennent me rendre visite.

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lacs_petarel
Le col de Pétarel, du haut de ses 2435m est atteint tôt au petit matin, les célèbres lacs encore dans la pénombre. Le tracé contourne la variante proposée du Tour du Vieux Chaillol pour mieux la retrouver plus tard au pont des Oules surplombant d’impressionnantes gorges. Le torrent est à bloc, s’y baigner est dangereux. Pour cause, selon un garde forestier du parc, des orages récents ont fait augmenter à un niveau anormal le débit des cours d’eau du secteur du Chapeau. Ce sommet, à 2372m domine toute la vallée du Valgaudemar et en raison de ces intempéries, les sentiers que je souhaitais emprunter me sont déconseillés. Au lieu de me retrouver pleinement en montagne pour rejoindre le Rif du Sap, je suis obligé de passer par la Chapelle en Valgaudemar et par la vallée sur le GR54. L’occasion est belle pour un café et éventuellement quelques provisions avant de rejoindre le Rif du Sap. Je troque donc l’arête délicate du Chapeau contre une évolution principalement en vallée et à l’ombre du soleil. Au final, un gain de temps non négligeable d’une demie-journée au minimum.

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Le jalon suivant est le col de Vallonpierre, toujours sur le GR54. Je me fonds dans le balai des randonneurs effectuant le tour des Écrins et certaines personnes, à m’entendre, découvrent l’existence du tour du Vieux Chaillol, jusqu’alors inconnu. Le refuge de Vallonpierre avec son accès facile propose diverses prestations aux nombreux randonneurs et vacanciers découvrant la montagne. Ces dernières années, les refuges de montagne n’ont eu cesse de s’adapter aux usages pour devenir une sorte d’hôtellerie de montagne. En tout cas, à la lecture de la carte, il m’est difficile de résister à une tarte aux myrtilles et un café.

Arrivé au col de Vallonpierre, le Sirac, un sommet éminemment réputé des Écrins à 3441m, se fait largement admirer. Certains prennent encore un peu plus de hauteur au pic de Vallonpierre.

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A partir du col, on peut considérer que je quitte le Valgaudemar pour le Champsaur.

sirac

Seconde partie: le Champsaur

La descente du col de Vallonpierre amorce une succession de cols à passer: les cols de Gouiran, de la Vallette et de Vallonpierre sans échappatoire. Bien qu’il existe théoriquement un sentier par le vallon d’Isora menant directement à la vallée du Drac Blanc, des éboulements le rendent impraticable. Quoiqu’il en soit, il est nécessaire de passer par cette succession de cols pour se rendre au pré de la Chaumette. Le constat est presque affolant: ici point d’eau au point d’en être presque désertique, ici place à un monde minéral sans partage et les traces d’éboulements nombreux me font interroger quant à la pérennité à long terme de cette portion du GR54. C’est assurément la partie la plus sauvage de ce tour du Vieux Chaillol.

col_vallette

Le col de la Valette est véritablement impressionnant, il s’agit d’un mur de schistes, pourtant relativement facile à marcher. Le sillon est directement visible depuis le col de Gouiran. L’autre face, exposée au vent, nettement moins minéral sert principalement d’alpages au milieu des roches et éboulis. Les patous veillent au grain et m’invitent gentiment à m’écarter du sentier quitte à devoir crapahuter sur les roches. Il faut toujours observer le même comportement comme indiqué sur les panneaux: marcher lentement, enlever les lunettes, enlever casquette et serrer les bâtons contre soi.

J’envisage quelques instants d’installer le bivouac mais cela me semble précipité, de plus il faudrait de nouveau bouillir l’eau d’un tout petit torrent en raison de l’alpage au dessus.

Finalement, le pré de la Chaumette est un excellent spot pour la soirée.

Le coucher de soleil est dramatique, pendant que tout le monde se couche, je canarde les environs avec le téléobjectif. Il est assez amusant d’observer les habitudes des randonneurs longue distance, notamment concernant leurs heures de lever et coucher.

En effet, au petit matin lorsque je me lève, tout le monde ou presque est parti, habillé chaudement dans la pénombre. A mon départ vers 9h, le soleil est là, prêt pour une nouvelle journée en bonne partie le long du Drac Blanc. Le cheminement tout le long du cours d’eau est plat et emprunte de temps à autre la route, 7 à 8 kilomètres sont ainsi avalés facilement.

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La rivière, aussi appelée Champoléon, du nom de la vallée et du village, rejoint en aval le Drac Noir pour former le Drac. Elle sert à produire de l’électricité et bien qu’elle arrive naturellement sur le versant grenoblois du col Bayard, un canal a été creusé pour irriguer la ville de Gap. En raison du réchauffement climatique, les glaciers ont fondu, un problème généralisé dans les Écrins, et irriguent de moins en moins le Drac. Cela remet en question la stabilité des blocs rocheux et pour l’approvisionnement en eau, car bien entendu la répartition des pluies est moins régulière dans l’année. Cette instabilité donne vraiment le ton de cet environnement, presque hostile à en juger le nombre de sentiers fermés, dont notamment celui évoqué précédemment et partant du col de Vallonpierre.

Plus que jamais le parc national des Écrins sème des indices sur l’évolution des montagnes avec le réchauffement climatique.

Le hameau des Fermonds marque un nouveau tournant: le début de la longue ascension du Vieux Chaillol pour passer de 1300m à 3163m d’altitude. La vallée du Tourond débouche au magnifique cirque et couronné par la cascade de la Pisse sur le torrent de Tourond. En dehors de ce cours d’eau, point de salut malgré les dires du gardien du refuge de Touroud qui me conseille un spot de bivouac pour la soirée. Je dois faire 40 min aller-retour pour m’approvisionner de 3 litres d’eau alors qu’une baignade agréable m’était promise.

Le cheminement est maintenant logique pour l’ascension du Vieux Chaillol, le col de Côte Longue à 2688m, ne semble pas praticable selon la carte IGN, mais le tracé est toujours entretenu par le gardien du refuge. Je m’approche du fabuleux pic de Tourond avant de plonger, de nouveau dans un univers minéral pour la partie finale du Vieux Chaillol, en hors piste à partir de la cabane des Parisiens.

J’en profite pour souligner l’étroit lien de cette cabane avec le canal de Mal-Cros qui depuis le glacier avait pour but d’approvisionner en eau les champs du Champsaur. Avec la disparition du glacier, l’approvisionnement en eau du Champsaur est réalisé autrement, toutefois des bénévoles maintiennent les restes du site en état pour mémoire.

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champoléon

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Le sommet du Vieux Chaillol est peut-être bien un des rares “3000” des Écrins à être abordable à pied, néanmoins il faut parfois mettre les mains et jouer à saute moutons sur les blocs de roche. A cette altitude, le manque d’oxygène se fait même sentir, les respirations sont nettement plus profondes. Les bouquetins apparaissent en petit groupe pour se montrer comme les maîtres du territoire. Au sommet la vue est à couper le souffle en dépit de nuages épais et d’un fort vent.

Je peux désormais amorcer tranquillement le retour. Le col de la Pisse pourrait être appelée le col de la glisse, tant le sentier composé de gravillons est glissant. Bon cela dit, cela provient sûrement de mes chaussures usées ! Le col permet de retrouver la variante du tour du Vieux Chaillol qui escamote l’ascension.

bouquetin

Au lieu de me diriger vers Chaillol 1600, je prends une autre variante, nettement plus sauvage dans la vallée de la Muande. La descente d’abord technique finit par être monotone le long d’une piste forestière cassant bien les jambes après un 1800m de descente jusqu’à Molines en Champsaur, un tout petit hameau exclusivement habité en été. Le retour final vers Saint Jacques en Valgodemar, tout en vallée, n’est qu’anecdotique sur des sentiers en sous-bois et de temps en temps faisant face au massif voisin du Dévoluy. Tout au plus, les passages dans certains villages du Champsaur permettent d’en savoir plus sur cette région historiquement agricole.

Les retrouvailles avec la voiture s’accompagnent d’une baignade dans la Séveraisse, après six jours sans véritable douche. Je profite encore du Valgaudémar avant de rentrer avec un détour chez un ami. Le Valgaudémar par son nom envoûtant me verra bientôt de retour c’est sur !

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