Le thème voyager sans avion est traité dans deux articles distincts, celui-ci relatant plutôt les aspects psychologiques quant au second il aborde les solutions.


Dans cet article préparatoire à un voyage en Norvège, le premier sans avion, j’avais écrit ceci, il y a de cela près de quatre ans:

Vous avez pu le remarquer, j’insiste pas mal sur la notion du voyage en train.

Tout remonte au vol m’emmenant en Afrique australe en janvier dernier. Depuis le hublot je contemplais avec frustration le rift du Kenya et tous les volcans fantastiques et des dizaines de minutes plus tard, c’est un tout autre paysage qui s’affichait depuis le hublot. Tout allait vite,  je n’étais là que pour survoler d’un point A à B sans pouvoir mesurer le chemin parcouru, soit 13 127 km par la route et autant d’impacts possibles et différents.

Voyager loin, très loin a pourtant un coût conséquent pour la planète -je pourrais développer mais je m’arrête là. Depuis ce vol, j’ai pris la résolution de limiter au grand maximum les voyages en avion. Quitte à ne voyager qu’en Europe, ou en France même. On oublie souvent que le Maroc, l’Écosse, la Turquie et même les îles Féroé/Islande sont des destinations accessibles hors avion malgré un temps conséquent de déplacement. Dans ma philosophie, c’est ça toute la richesse et la cure anti-blasage du voyage: voir que l’on en a “chié” pour arriver là.

Le CO2 ou l’ego

Fort est de voir que ce passage a encore plus de résonance dorénavant à l’heure ou les changements de paradigme s’imposent en ce qui concerne la mobilité, les loisirs et le tourisme sur leurs impacts en terme d’émissions de gaz à effet de serre (10% pour le tourisme). Le voyage n’est pourtant pas indispensable à notre survie (manger, boire et être en sécurité) à l’heure où l’on proclame que la meilleure économie de CO2 est celle que l’on ne consomme pas.

Mais que cela soit pour vous ou pour moi, il est difficile de passer brutalement d’un mode de vie à un autre, c’est ce pourquoi j’ai entamé ma transition sur le voyage et ses modes de déplacement. Depuis quatre ans, je peux vous résumer mes voyages et leurs modes de déplacement, dorénavant sans avion:

  • Norvège, Eté 2016. Aller et retour entièrement par le train (+ une traversée de mer en ferry)
  • Ecosse, Septembre 2017. Aller par le train et retour en auto-stop jusqu’à Douvres, auto-stop/covoiturage jusqu’à Paris et le train jusqu’à Chambéry
  • Péninsule Ibérique, Automne 2018: A vélo vers Lisbonne depuis la cour de mon immeuble pour l’aller, et entièrement en train pour le retour
  • Laponie, Printemps 2019: Quasiment tout le trajet s’est déroulé en train aller-retour, seule une partie s’est fait en bus en raison de travaux

Voyager sans avion finalement, c’est comme se passer du chocolat au lait quand on a été accroc pendant de longues années. Alors évidemment, au début j’avais toujours le réflexe de considérer l’avion avant toute chose mais avec le temps et cette conviction ancrée, j’ai appris à le prendre comme une opportunité. L’avion a rendu facile tellement de choses que l’on ne prend plus de recul sur la façon d’aborder ses déplacements.

Attention, je m’interdis rien, il n’en est pas question. Si un jour, un projet devait se monter et inclurait de prendre l’avion, alors je le ferais. Le PVT Canada que j’avais obtenu l’année dernière aurait pu être un exemple.

Nombre de gens ne veulent pas perdre de temps dans le trajet A->B alors que ce temps de parcours est depuis entièrement intégré dans mon esprit. Ainsi lors de mon retour en train depuis Lisbonne par Hendaye, Bordeaux, Montpellier, Avignon et Lyon, j’ai pu me rendre compte du chemin parcouru dans le sens opposé à vélo. De même avec le trajet pour me rendre en Laponie: au fil des pays traversés, l’excitation montait quand je croisais d’autres skieurs et que la neige faisait son apparition. Enfin le dernier avantage est de dorénavant considérer une traversée de France en train comme une opportunité qu’une contrainte: lire, dormir, manger, jouer etc. Chose difficile en voiture.

Vous l’avez compris, voyager sans avion au delà du bilan comptable et environnementale, c’est avant tout pour moi une démarche philosophique. Si l’idée de voyager sans avion est une contrainte pour vous, ne vous forcez pas plus dans la lecture de cet article.

Voyager sans prendre l’avion est une profonde remise en question: par exemple au lieu de vouloir se confronter à des cultures dépaysantes, pourquoi ne pas chercher le dépaysement plus près de chez vous ? Le sensationnalisme du voyage à l’autre bout de la planète, quelque part, nourrit notre ego et bien évidemment ce dernier en redemande et c’est là dessus qu’il faut travailler: arrêter de ne considérer que l’autre bout du monde et regarder aussi près de chez nous sans se sentir mal à l’aise pour autant. Je ne crache pas dans la soupe car je m’inclus dedans !

Renoncer, c’est choisir.

Alors choisissons de placer le curseur voyage autrement que par la destination. Préférer l’expérience à la destination, c’est en quelque sorte changer de cheminement. En ayant quitté la région parisienne pour les Alpes, en ayant entamé une nouvelle formation (une nouvelle arrivera cette année), en multipliant les expériences professionnelles, c’est un autre voyage que je vis désormais, tentant toujours de débusquer une leçon de vie, d’apprendre et de grandir encore intérieurement. Cette définition est bien entendu à l’opposé du tourisme lambda. Ainsi quand je pars en voyage, je pars avec un but défini, un projet et une expérience à vivre: aller en vélo à Lisbonne, me préparer au projet de randonnée à ski ou de trek.

Voilà à mon sens par où il faut commencer pour voyager sans avion: définir une expérience par un cheminement autrement qu’une destination. Une fois que vous aurez levé ces boucliers, peu importe l’endroit où vous irez, vous serez ailleurs, comme cette fois où je me sentais loin de chez moi alors que je sillonnais à vélo le lac d’Annecy.

Vouloir voyager sans avion, c’est bien mais il faut également être prêt. Cela demande non seulement une remise en question philosophique sur le rapport au temps, de privilégier l’expérience à la destination mais il ne faut surtout pas se forcer. Je ne détiens pas la vérité, celle relaté m’appartient mais la votre de vérité est tout aussi légitime. Si vous n’êtes pas prêts malgré que vous soyez convaincus, ne changez pas. Si votre petite voix vous dit d’aller vers cette voie, alors restez en ligne pour le second article qui abordera des aspects techniques et plus concrets sur le voyage sans avion.

Enfin le mot de la fin, je suis persuadé que l’on doit rendre au voyage ses lettres de noblesse: voyager doit être un acte exceptionnel, c-a-d quelque chose de non ordinaire.