Vivre une micro-aventure en France de quelques jours, est-ce possible ?

Je ne suis pas que ça soit la bonne question. Déjà considérons au sens linguistique ce que signifie l’aventure:

Ce qui arrive d’inopiné, d’extraordinaire à quelqu’un

On comprend donc que l’aventure est liée à une notion d’imprévu, surprise, spontanéité, non préparé, nous partons donc avec l’idée qu’il ne saurait y avoir d’aventure dans nos contrées, car on y vit, on la connaît, on la maîtrise. En effet, en ce qui concerne la France, les hébergements sont confortables, notés, balisés, les accès en transport sont répertoriés, documentés. Tout est fait pour faciliter la vie du vacancier -pour ne pas dire touriste- qui la plupart du temps se déplace en voiture.

Mais posons nous la question suivante: et si nous ne suivons rien de tout cela, pour faire à notre façon ? Et si nous envisagions des vacances sans moteur pour se déplacer ?

Se déplacer sans moteur suppose en effet d’utiliser notre propre force physique et mentale, même si potentiellement aidé d’un support: à pied, à vélo, à ski, à cheval, en canoë, en bateau, en parapente ou que sais-je encore ?

Certes l’itinérance amène inévitablement à des crispations, voire des conflits dans un groupe qui, avec du recul amène indéniablement à une meilleure connaissance de soi et des autres. Elle nécessite un certain minimalisme pour les affaires que l’on devra emporter, cela permet de se rendre compte de ce qui est nécessaire en voyage, et par extension peut-être même dans la vie. Enfin il reste le sujet de l’alimentation que bien souvent l’on doit porter, des concessions sont à faire pour se retrouver en manque de place dans le sac à dos, sacoche ou bidon.

Un voyage en itinérance et sans moyen motorisé est un retour à soi, aux autres mais aussi une ouverture à l’inconnu, la spontanéité, à sa propre notion de confort. C’est la définition même de l’aventure, celle que j’ai cité en début d’article.

Alors à cette fin, pour tenter de me donner raison sur la possibilité d’une aventure en France, après recherche j’ai sélectionné quelques exemples par activité, en tentant de varier les choix de niveau, de paysage et de culture.

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A pied

Pour contenter les différents amateurs de randonnée, j’ai choisi plusieurs itinéraires, en premier les plus sportifs et téméraires trouveront de quoi faire avec la Haute Route de Belledonne de Vizille au sud à Aiguebelle au Nord. Il s’agit d’un GR nouvellement crée et articulé en 11 étapes, toutes donnant la possibilité de se loger. Le ravitaillement est possible à certaines étapes mais sachez que le massif de Belledonne est difficile à pénétrer en voiture, la preuve aucune route ne traverse le massif.

Changeons de massif pour nous rendre sur les plateaux du Massif Central et plus précisément sur le chemin de St Guilhem. C’est une randonnée méridionale qui vous attend de la Lozère à l’Hérault passant sur les traces du chemin de St Jacques de Compostelle, du plateau de l’Aubrac, des gorges du Tarn ainsi que le cirque de Navacelles. Il n’a pas la popularité de ses confrères et c’est ce qui fait son principal intérêt: d’être plus au calme, avec bien sur toute l’offre d’hébergement nécessaire.

Enfin l’offre ne serait pas complète sans une randonnée côtière, le Sentier du Littoral reliant Carentan au Mont St Michel ravira les randonneurs à la recherche de la célèbre douceur du climat du Cotentin. Cette presqu’île est largement sous estimée et pourtant je n’ai pas vu de décor maritime aussi sauvage et préservé ailleurs en France.

bivouac

A vélo

Aventuriers, très sportifs et surtout très bien équipés ? Alors n’attendez plus et engagez vous dans la grande traversée du Vaucluse à VTT qui me semble très emballante puisque vous contournez tout le massif du Ventoux pour ensuite rejoindre le Lubéron. Le topo est organisé en étape et vous permet de rejoindre des parkings à chaque fois. En VTT BUL, ça doit pouvoir le faire aussi.

On ne présente plus la Loire à vélo dont le principal atout, à mon sens, est de pouvoir cumuler déplacement sportif et visites culturelles, et ce le long de la Loire. Comme l’itinéraire est reconnu et emprunté, votre organisation en sera facilitée. A mon sens, c’est un parcours idéal pour appréhender la mobilité douce à vélo, d’autant que des gares sont régulièrement à proximité.

Enfin, je peux prêcher pour ma paroisse en vous recommandant la partie française de mon voyage à vélo vers Lisbonne. C’est un mix entre défi sportif et tranquillité sur ces petites routes du Massif Central, entre Ardèche, Margeride, Aubrac et enfin la splendide vallée du Lot. Il est vrai aussi que l’itinéraire que j’ai emprunté est quelque peu parallèle à celui des pèlerins du chemin de St Jacques de Compostelle.

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En canoë/kayak

Alors à ce sujet, j’ai du faire pas mal de recherches car en dehors d’une descente en canoë des gorges de l’Ardèche avec une nuit en bivouac, qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable (le bivouac, pas le parcours), je n’ai jamais pratiqué ce sport d’eau qui pourtant possède plusieurs avantages: pas de maux de dos, ni de transpiration démesurée. En revanche, pour le bivouac, c’est humidité et animaux sauvages assurés.

Pour un parcours plus long et séduisant, je me suis porté sur la Dordogne qui semble être idéal pour commencer des randonnées itinérantes de plusieurs jours et de 120 à 150 km navigables. Passez par les loueurs de matériel et tout sera simple pour l’acheminement au point de départ et récupération à l’arrivée. Les plus expérimentés pourront continuer jusqu’à l’Estuaire mais en kayak de mer !

Enfin, toujours en kayak de mer pour les plus expérimentés, il vous est possible de faire le tour de Corse. Oui, je parle bien de la Corse.

Randonneur a ski

En ski de rando (SRA/SRN)

Quand on parle de ski de rando aux amateurs, il peut régner une confusion entre deux sous-disciplines: l’un est clairement alpine, tandis que l’autre plus nordique. Vous comprenez donc que les possibilités d’aventure ne sont pas les mêmes. En ski de randonnée nordique, les hauts plateaux du Vercors (en raquettes) est le lieu tout prédestiné pour cette pratique en France. Si la neige est conséquente, alors on pourra se replier sur le Jura, éventuellement le Massif Central voire le Champsaur.

A la lecture du topoguide, la haute route des Escartons semble être un hybride entre les deux disciplines.

Concernant le ski de rando Alpin, alors les itinéraires sont infinis dans les montagnes françaises puisque la neige rend possible des passages là ou il n’est pas possible de passer en été. Je retiens néanmoins un classique tour du Mont Thabor qui ne dure que deux jours mais peut aisément être rallongé. Souvent le parcours se fait en étoile pour faciliter la tâche et sécuriser. Néanmoins, cela reste de l’itinérance et une sacrée dose d’aventure en dépit de toutes les précautions à prendre (équipement, sécurité).

A cheval/avec un âne

C’est pourtant un classique avec un âne mais un cheval fait très bien l’affaire: empruntez le GR70 ou le chemin de Stevenson, histoire d’imiter l’auteur qui a donné son nom à ce chemin, en voyageant dans les Cévennes avec un âne en partant du Puy en Velay jusqu’à Alès. Le chemin est régulièrement utilisé par les randonneurs pédestres, vous pourrez alors avoir les mêmes facilités qu’eux. Vous fréquenterez alors des lieux méconnus, déserts comme la Margeride mais aussi le Gévaudan, réputé pour sa bête.

Du côté des bêtes têtues, nombre d’itinéraires sont possibles à partir du moment où l’on prend bien le temps d’apprivoiser l’âne. Xavier de “The Other Life” a effectué un périple aussi dans les Cévennes et a éprouvé quelques difficultés avant que tout roule. Un vrai couple ! Un dernier lien d’un couple ayant voyagé en plein centre de la France là aussi avec non pas un mais deux ânesses.

Un objectif = une aventure. En France ou ailleurs.

En me relisant j’ai la conviction qu’en forgeant un voyage tout simplement, même si proche de chez soi, avec un objectif simple à réaliser continue une formidable occasion de voyager.

Cela me rappelle les aventures de Nans et Mouts mais à mon sens, “The Other Life” fait même mieux et traduit en vidéo ce que j’ai tenté de faire passer comme message. Pour en voir la preuve, regardez sa vidéo sur la côte Corse en voilier ! Encore une dernière preuve, celle des possibilités offertes par le parapente-bivouac, depuis Gap pour aller voir la mer Méditerranée !

Décidément il ne tient qu’à nous d’être suffisamment inventif pour créer les conditions d’une aventure en France !